Lecture de données — La prison : population écrouée et surpopulation carcérale
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Document — Les personnes écrouées en France au 1ᵉʳ mars 2024 et au 1ᵉʳ mars 2025
| Catégorie | 1ᵉʳ mars 2024 | 1ᵉʳ mars 2025 |
|---|---|---|
| Ensemble des personnes écrouées | 93 708 | 99 730 |
| — personnes écrouées non détenues | 16 942 | 17 578 |
| — personnes écrouées détenues | 76 766 | 82 152 |
| dont prévenus (en détention provisoire) | 20 220 | 21 649 |
| dont condamnés-prévenus | 3 463 | 3 899 |
| dont condamnés | 53 083 | 56 604 |
| Places opérationnelles en établissement pénitentiaire | 61 629 | 62 359 |
| Matelas au sol | 3 099 | 4 580 |
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Calculez la densité carcérale au 1ᵉʳ mars 2025, c’est-à-dire le nombre de personnes détenues pour 100 places opérationnelles.
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Correction
Réponse : 131,7 %
82 152 / 62 359 × 100 = 131,7 %, soit environ 132 personnes détenues pour 100 places. Une densité supérieure à 100 % signifie que des cellules accueillent plus de détenus que prévu — ce que confirment les 4 580 matelas installés au sol.
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Quel est le taux de variation du nombre de matelas au sol entre le 1ᵉʳ mars 2024 et le 1ᵉʳ mars 2025 ?
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Correction
Réponse : 47,8 %
(4 580 − 3 099) / 3 099 × 100 = + 47,8 %. En un an, le nombre de matelas au sol a augmenté de près de moitié, alors que le nombre de places n’a progressé que de 730. L’écart entre les deux séries est la mesure la plus concrète de la surpopulation.
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Quelle part des personnes détenues au 1ᵉʳ mars 2025 sont des prévenus en détention provisoire, en pourcentage ?
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Correction
Réponse : 26,4 %
21 649 / 82 152 × 100 = 26,4 %. Plus d’un détenu sur quatre n’a donc pas encore été jugé : il est présumé innocent. La prison n’est pas seulement l’exécution d’une peine, elle est aussi une mesure prise avant tout jugement.
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De combien le nombre de personnes détenues a-t-il augmenté entre le 1ᵉʳ mars 2024 et le 1ᵉʳ mars 2025 ?
personnes détenues
Correction
Réponse : 5386 personnes détenues
82 152 − 76 766 = 5 386 personnes détenues supplémentaires. Un écart absolu se lit en effectifs ; rapporté à la base, il correspond à une hausse de 7,0 % en un an.
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Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 17 578 » du tableau.
Attention à la différence entre « écroué » et « détenu » : elle est explicitée dans le champ du document.
Correction
Phrase attendue : « Selon le ministère de la Justice, au 1ᵉʳ mars 2025, 17 578 personnes étaient écrouées mais non détenues en France, c’est-à-dire prises en charge par l’administration pénitentiaire sans être hébergées dans un établissement — le plus souvent sous surveillance électronique à domicile ou en placement extérieur. »
Les erreurs fréquentes :
- confondre « écroué » et « détenu » : les 99 730 personnes écrouées ne sont pas toutes derrière des barreaux ;
- oublier la date : il s’agit d’un stock à un instant donné, et non d’un flux annuel de personnes passées par la prison ;
- présenter ce chiffre comme une mesure de la délinquance.
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Peut-on déduire de ce tableau que la délinquance a augmenté entre 2024 et 2025 ? Justifiez, puis expliquez ce que la population carcérale mesure réellement.
Demandez-vous de quoi dépend le nombre de personnes détenues à une date donnée : du nombre d’entrées, mais aussi de la durée des peines et des décisions de justice. Pensez aussi à la notion de stigmatisation vue dans le chapitre.
Correction
Réponse attendue : non, on ne peut pas. Le nombre de personnes détenues à une date donnée est un stock qui dépend de trois choses au moins : le nombre de personnes qui entrent en prison, la durée pendant laquelle elles y restent, et le rythme des libérations. Or ces trois grandeurs sont d’abord déterminées par des décisions institutionnelles — usage plus ou moins fréquent de la détention provisoire, sévérité des peines prononcées, politiques d’aménagement de peine — et non par le nombre d’infractions commises. À délinquance strictement constante, un durcissement des peines suffirait à faire monter la courbe.
Ce tableau mesure donc l’intensité du contrôle social formel, c’est-à-dire ce que la société choisit de faire des personnes qu’elle a désignées comme délinquantes. Trois observations le confirment. D’abord, 21 649 des 82 152 détenus, soit 26,4 %, sont des prévenus qui n’ont pas encore été jugés : leur présence résulte d’un choix procédural, pas d’une condamnation. Ensuite, 17 578 personnes sont écrouées sans être détenues : la même sanction peut s’exécuter dedans ou dehors, ce qui montre que le contenu de la peine relève d’une décision. Enfin, la population détenue (+ 5 386 en un an, soit + 7,0 %) croît beaucoup plus vite que le nombre de places (61 629 puis 62 359), d’où une densité de 131,7 % et 4 580 matelas au sol.
On peut prolonger avec la notion de stigmatisation : l’incarcération est la forme la plus visible et la plus durable de l’étiquette déviante. Elle rompt les liens d’emploi, de logement et de famille, et rend d’autant plus difficile le retour à la conformité — ce qui, selon la sociologie de l’étiquetage, alimente la carrière déviante que la sanction prétendait interrompre.
Une bonne réponse cite au moins trois chiffres et distingue explicitement faits commis, décisions de justice et population détenue.