Lecture de données — Le sentiment d’insécurité : une expérience très inégale selon le sexe
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Document — Sentiment d’insécurité et renoncement à sortir seul selon le sexe, sur la période 2018-2019
| Population et situation | Femmes (%) | Hommes (%) | Écart femmes-hommes (points) |
|---|---|---|---|
| Ensemble des 18-75 ans — se sent en insécurité à son domicile | 10,8 | 5,2 | 5,6 |
| Ensemble des 18-75 ans — se sent en insécurité dans son quartier ou village | 15,5 | 8,5 | 7,0 |
| Ensemble des 18-75 ans — renonce à sortir seul | 17,0 | 3,0 | 14,0 |
| Victimes d’une atteinte personnelle — se sent en insécurité à son domicile | 17,0 | 9,7 | 7,3 |
| Victimes d’une atteinte personnelle — se sent en insécurité dans son quartier ou village | 25,7 | 17,5 | 8,2 |
| Victimes d’une atteinte personnelle — renonce à sortir seul | 23,3 | 5,0 | 18,3 |
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Quel est l’écart, en points, entre les femmes et les hommes pour le renoncement à sortir seul, dans l’ensemble des 18-75 ans ?
points
Correction
Réponse : 14 points
17,0 − 3,0 = 14,0 points. C’est de très loin le plus grand écart du tableau : chez les femmes, le sentiment d’insécurité se traduit par une restriction concrète de la liberté de circuler, ce qui n’est presque jamais le cas chez les hommes.
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Combien de fois plus de femmes que d’hommes renoncent-elles à sortir seules, dans l’ensemble des 18-75 ans ?
fois
Correction
Réponse : 5,7 fois
17,0 / 3,0 = 5,7. Écart en points et rapport disent deux choses différentes : le premier mesure la distance (14 points), le second l’intensité relative (près de six fois plus).
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De combien de points le sentiment d’insécurité dans le quartier est-il plus élevé chez les femmes victimes d’une atteinte personnelle que chez l’ensemble des femmes ?
points
Correction
Réponse : 10,2 points
25,7 − 15,5 = 10,2 points. Avoir été victime augmente nettement le sentiment d’insécurité — mais ne l’explique pas entièrement, puisque 15,5 % des femmes l’éprouvent déjà dans l’ensemble de la population.
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Quelle part des hommes de 18 à 75 ans ne se sent pas en insécurité à son domicile, en pourcentage ?
%
Correction
Réponse : 94,8 %
100 − 5,2 = 94,8 %. Le complément à 100 rappelle que le sentiment d’insécurité, très commenté dans le débat public, reste minoritaire — et particulièrement rare chez les hommes.
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Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 25,7 » du tableau.
Une phrase de lecture complète comporte la source, la période, le champ, l’unité et la population précise à laquelle se rapporte le pourcentage.
Correction
Phrase attendue : « Selon l’Insee et le SSMSI, sur la période 2018-2019, en France métropolitaine, 25,7 % des femmes de 18 à 75 ans ayant subi une atteinte personnelle au cours de l’année précédente déclarent se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier ou leur village. »
Les erreurs fréquentes :
- rapporter le pourcentage à l’ensemble des femmes : la ligne ne concerne que les victimes, la base de calcul n’est pas la même ;
- oublier « souvent ou de temps en temps » : la formulation de la question fait partie de la définition de l’indicateur ;
- confondre sentiment d’insécurité et victimation : le premier est un ressenti déclaré, la seconde un fait subi.
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Le sentiment d’insécurité se confond-il avec le risque réellement subi ? Expliquez ce que ce tableau apporte à la réflexion sur la mesure de la délinquance.
Comparez les hommes et les femmes ligne par ligne, puis rappelez qui est le plus souvent victime de violences physiques dans l’espace public. Terminez sur ce que mesure, au fond, une enquête de victimation.
Correction
Réponse attendue : non, les deux ne se confondent pas. Le tableau montre un écart systématique entre les sexes : 15,5 % des femmes contre 8,5 % des hommes se sentent en insécurité dans leur quartier, 10,8 % contre 5,2 % à leur domicile, et surtout 17,0 % contre 3,0 % renoncent à sortir seules. Or les violences physiques commises dans l’espace public touchent davantage les hommes : le sentiment d’insécurité n’est donc pas le simple reflet du risque d’être victime.
Plusieurs mécanismes l’expliquent. La peur porte moins sur la fréquence d’un fait que sur sa gravité anticipée et sur la vulnérabilité ressentie : la menace de violences sexuelles pèse sur les femmes dans des situations très ordinaires — rentrer le soir, prendre un transport, croiser un groupe. À cela s’ajoutent des normes de prudence intériorisées dès l’enfance, qui relèvent d’un véritable contrôle social informel : on apprend beaucoup plus tôt aux filles qu’aux garçons à ne pas sortir seules, à modifier leur trajet, à surveiller leur tenue.
La victimation renforce ce sentiment sans le créer : chez les femmes victimes, l’insécurité dans le quartier passe de 15,5 % à 25,7 %, soit + 10,2 points, et le renoncement à sortir seule de 17,0 % à 23,3 %. Chez les hommes victimes, le renoncement ne monte qu’à 5,0 %.
Ce document apporte enfin un enseignement méthodologique. Une enquête de victimation ne mesure pas seulement les faits subis : elle enregistre aussi ce que les personnes ressentent et ce qu’elles renoncent à faire. Ces conséquences n’apparaissent dans aucune statistique de police, alors qu’elles constituent un coût social majeur. Confondre le sentiment d’insécurité avec le niveau de la délinquance conduirait à deux erreurs symétriques : croire que la peur mesure le risque, et croire que l’absence de plainte signifie l’absence de dommage.
Une bonne réponse cite au moins trois chiffres et distingue explicitement victimation, sentiment d’insécurité et faits enregistrés.