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Lecture de données — Une déviance juvénile en recul : les usages de substances au collège

Savoir-faireLecture de donnéesDifficile📄 Document sourcé24 min

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Document — Usages de tabac, d’alcool et de cannabis chez les collégiens en France, en 2018 et en 2022

Produit et type d’usage2018 (%)2022 (%)Garçons 2022 (%)Filles 2022 (%)
Cigarette — en avoir déjà fumé au moins une fois21,211,411,711,0
Cigarette — usage quotidien2,60,91,20,7
Chicha — en avoir déjà fumé (élèves de 4e et 3e)21,511,713,89,4
Alcool — en avoir déjà bu au moins une fois60,043,446,240,5
Alcool — avoir déjà été ivre au moins une fois9,39,910,19,7
Cannabis — en avoir déjà consommé (élèves de 4e et 3e)6,75,36,54,0
Source : OFDT, ministère de l’Éducation nationale (Dgesco) et EHESP, enquête EnCLASS 2018 et 2022, exploitation OFDT, « Les usages de substances psychoactives chez les collégiens et lycéens », janvier 2024. · Champ : France métropolitaine, élèves de la 6e à la 3e scolarisés dans des collèges publics ou privés sous contrat ; enquête anonyme par questionnaire auto-administré en classe, 5 919 collégiens exploités en 2022. Certaines questions (chicha, cannabis) n’ont été posées qu’aux élèves de 4e et de 3e. · Lecture : En 2022, 43,4 % des collégiens déclarent avoir déjà bu de l’alcool au moins une fois dans leur vie, contre 60,0 % en 2018.
  1. Quel est le taux de variation de la part des collégiens ayant déjà bu de l’alcool entre 2018 et 2022 ?

    %

    Correction

    Réponse : -27,7 %

    (43,4 − 60,0) / 60,0 × 100 = − 27,7 %. En quatre ans, la part des collégiens ayant déjà consommé de l’alcool a diminué de plus d’un quart. Attention : le taux de variation se calcule sur la valeur de départ, il ne se confond pas avec l’écart en points (− 16,6 points).

  2. Quel est l’écart, en points, entre les garçons et les filles pour la consommation de cannabis en 2022 ?

    points

    Correction

    Réponse : 2,5 points

    6,5 − 4,0 = 2,5 points. L’écart entre les sexes est net pour le cannabis et la chicha, alors qu’il est quasi nul pour la cigarette (11,7 % contre 11,0 %).

  3. Quelle part des collégiens n’avait jamais bu d’alcool en 2022, en pourcentage ?

    %

    Correction

    Réponse : 56,6 %

    100 − 43,4 = 56,6 %. Le complément à 100 est indispensable pour interpréter correctement : en 2022, la majorité des collégiens n’avait encore jamais consommé d’alcool, ce qui n’était pas le cas en 2018 (40,0 %).

  4. Combien de fois les garçons sont-ils plus nombreux que les filles à fumer quotidiennement en 2022 ?

    fois

    Correction

    Réponse : 1,71 fois

    1,2 / 0,7 = 1,71. Le rapport paraît important, mais il porte sur de très petits pourcentages : le tabagisme quotidien concerne environ 1 collégien sur 100 en 2022, contre 2,6 sur 100 en 2018.

  5. Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 5,3 » du tableau.

    Précisez la source, l’année, le champ exact — attention, cette ligne ne porte pas sur tous les collégiens — et l’unité.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon l’OFDT, en 2022, en France métropolitaine, 5,3 % des élèves de 4e et de 3e déclarent avoir déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie. »

    Les erreurs à éviter :

    • écrire « 5,3 % des collégiens » : la question n’a été posée qu’aux élèves de 4e et de 3e, le champ est donc plus restreint ;
    • écrire « 5,3 % consomment du cannabis » : l’indicateur mesure l’expérimentation (« au moins une fois dans la vie »), pas l’usage actuel, bien plus rare ;
    • oublier que la donnée est déclarative : un élève peut minorer ou majorer sa réponse, même dans un questionnaire anonyme.
  6. En quoi ce tableau illustre-t-il à la fois la relativité des normes et l’efficacité du contrôle social ? Discutez également des limites de ce type de données.

    Demandez-vous quelles normes sont ici en jeu, et lesquelles relèvent de la loi. Cherchez ensuite ce qui a pu produire une baisse aussi rapide en quatre ans. Terminez par la fiabilité des déclarations.

    Correction

    Réponse attendue : le tableau porte sur des conduites qui occupent des positions très différentes vis-à-vis des normes. Vendre du tabac ou de l’alcool à un mineur est interdit par la loi, et la consommation de cannabis est une infraction quel que soit l’âge ; pourtant, dans certains groupes de pairs, ces conduites sont valorisées. C’est un cas typique de comportement à la fois déviant pour l’institution scolaire et conforme aux attentes d’un groupe restreint — ce que désigne la notion de sous-culture. Le même geste peut donc être une transgression pour les adultes et une preuve d’appartenance pour les amis.

    La baisse observée en quatre ans est spectaculaire : l’expérimentation d’alcool passe de 60,0 % à 43,4 % (− 27,7 %), celle de la cigarette de 21,2 % à 11,4 %, celle de la chicha de 21,5 % à 11,7 %, celle du cannabis de 6,7 % à 5,3 %. Le tabagisme quotidien tombe de 2,6 % à 0,9 %. Une transformation aussi rapide ne s’explique pas par un changement des individus, mais par un déplacement des normes : hausse des prix, interdictions de vente, campagnes de prévention, discrédit progressif de la cigarette, transformation des sociabilités adolescentes. C’est l’efficacité conjointe d’un contrôle social formel (loi, prix, sanctions) et informel (l’image du fumeur auprès des pairs) qui apparaît ici. Les écarts entre garçons et filles subsistent pour le cannabis (6,5 % contre 4,0 %) et la chicha (13,8 % contre 9,4 %), mais ont disparu pour la cigarette (11,7 % contre 11,0 %) : les normes de genre elles-mêmes se déplacent. Une exception mérite d’être signalée : l’ivresse déclarée passe de 9,3 % à 9,9 %, ce qui montre que les évolutions ne vont pas toutes dans le même sens.

    Limites. Ces données sont déclaratives : elles reposent sur ce que des élèves acceptent d’écrire dans un questionnaire, même anonyme. Une conduite qui devient plus stigmatisée peut être moins avouée, ce qui exagérerait la baisse ; à l’inverse, certains peuvent se vanter. L’enquête ne touche par ailleurs que les élèves présents en classe le jour de la passation, et laisse donc de côté les absents et les déscolarisés, sans doute plus consommateurs. Enfin, l’enquête est transversale : elle compare des générations successives, non les mêmes élèves suivis dans le temps.

    Une bonne réponse cite au moins trois chiffres, distingue norme sociale et norme juridique, et signale au moins une limite des données déclaratives.

Notions : déviance norme contrôle social délinquance

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Tout le chapitre : La déviance