Analyse de document — Ce que les tables de mobilité ne disent pas
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l'ordre.
Document — Les angles morts des tables de mobilité
Les tables de mobilité constituent l'instrument privilégié du sociologue pour mesurer les changements de position d'une génération à l'autre. Elles comparent la position occupée par un individu au moment de l'enquête avec celle de son père, à partir de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles.
Cet instrument comporte cependant plusieurs angles morts. Les tables classiques ne portaient que sur les hommes : la mobilité des femmes, longtemps rapportée à la position de leur conjoint, en était absente. Elles ne retiennent en outre que la position du père, alors que la généralisation de l'activité professionnelle des mères rend la position maternelle de plus en plus déterminante dans la trajectoire des enfants.
La comparaison suppose par ailleurs que les catégories aient conservé le même sens d'une génération à l'autre. Or occuper un emploi d'employé de bureau il y a cinquante ans et l'occuper aujourd'hui ne recouvre ni les mêmes tâches, ni le même niveau de diplôme exigé, ni le même prestige. Enfin, la position observée un jour donné ne dit rien de la trajectoire suivie pour y parvenir : selon le moment où l'enquête l'interroge, un individu passé par le chômage puis par un emploi moins qualifié apparaîtra comme immobile ou comme mobile.
Ces réserves ne disqualifient pas l'outil. Elles rappellent qu'une table de mobilité mesure des positions, et non des destins individuels.
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Que compare précisément une table de mobilité, et à l'aide de quelle nomenclature ?
Repérez la réponse dans le premier paragraphe et reformulez-la avec vos propres mots.
Correction
Une table de mobilité compare la position sociale occupée par un individu au moment de l'enquête avec celle occupée par son père. Cette comparaison s'appuie sur la nomenclature des catégories socioprofessionnelles, qui permet de regrouper les emplois en un nombre limité de positions comparables d'une génération à l'autre. C'est donc une mesure de la mobilité intergénérationnelle.
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Relevez trois limites des tables de mobilité mentionnées dans le texte.
Correction
Le texte en évoque quatre, il suffit d'en relever trois :
- elles ont longtemps ignoré les femmes, dont la position était rapportée à celle du conjoint ;
- elles ne retiennent que la position du père, et non celle de la mère ;
- elles supposent que les catégories ont gardé le même sens d'une génération à l'autre ;
- elles photographient une position à un instant donné, sans restituer la trajectoire.
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Expliquez pourquoi le fait de ne retenir que la position du père pose aujourd'hui un problème particulier.
Demandez-vous ce qui a changé dans l'activité professionnelle des femmes depuis la génération des pères.
Correction
Tant que les mères étaient majoritairement inactives, la position du père résumait à peu près la position sociale du ménage. Ce n'est plus le cas : la généralisation de l'activité féminine fait que la mère apporte ses propres ressources, son propre diplôme et son propre revenu. Négliger sa position revient donc à sous-estimer les ressources familiales transmises à l'enfant, et à mal identifier son origine sociale réelle, notamment lorsque les deux parents n'appartiennent pas au même groupe. Cela conduit aussi à sous-estimer les cas de mobilité, puisqu'on les mesure par rapport à une origine incomplète.
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« Occuper un emploi d'employé de bureau il y a cinquante ans et l'occuper aujourd'hui ne recouvre ni les mêmes tâches, ni le même niveau de diplôme exigé, ni le même prestige. » Quelle difficulté ce constat pose-t-il pour la mesure de la mobilité ?
Une comparaison n'a de sens que si l'unité de mesure ne change pas entre les deux dates.
Correction
Une table de mobilité compare deux générations à l'aide des mêmes catégories, en supposant implicitement que ces catégories sont stables. Or le contenu d'un même intitulé évolue : les tâches se transforment, le diplôme exigé s'élève, la position relative dans la hiérarchie sociale se déplace. Un fils classé dans la même catégorie que son père peut donc, en réalité, occuper une position socialement différente de la sienne. La table conclura à l'immobilité alors que la situation objective a changé, dans un sens favorable comme défavorable. La mesure de la mobilité dépend ainsi de la qualité de la nomenclature elle-même.
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En quoi ces limites invitent-elles à la prudence face à l'affirmation « l'ascenseur social est en panne » ?
Distinguez ce que l'outil mesure réellement de ce que l'expression laisse entendre.
Correction
L'expression suppose que l'on puisse constater, chiffres à l'appui, un blocage général des trajectoires. Or les tables mesurent des positions à un instant donné, dans une nomenclature dont le sens évolue, pour une partie seulement de la population et par rapport au seul père. Elles ne restituent ni les trajectoires individuelles, ni le sentiment de déclassement, ni les changements de conditions d'emploi à l'intérieur d'une même catégorie.
Par ailleurs, un ralentissement de la mobilité ascendante peut résulter d'un simple effet de structure : la part des positions supérieures ayant beaucoup progressé pour la génération précédente, elle croît moins vite ensuite, ce qui réduit la mobilité structurelle sans que l'égalité des chances se soit dégradée. Il faut donc examiner séparément le volume de mobilité et la fluidité sociale avant de conclure.