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Analyse de document — Combien de générations pour rejoindre le revenu moyen ?

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l'ordre.

Document — La mobilité intergénérationnelle des revenus dans les pays de l'OCDE

Combien de temps faudrait-il à une famille pauvre pour rejoindre le niveau de vie moyen de son pays ? L'OCDE a tenté d'y répondre en simulant, à partir de la transmission des revenus d'activité entre pères et fils, le nombre de générations nécessaires aux descendants d'une famille appartenant aux 10 % les plus pauvres pour atteindre le revenu moyen.

Le calcul repose sur deux paramètres : l'écart entre le bas de la distribution et la moyenne, et l'élasticité intergénérationnelle des revenus, c'est-à-dire la part du revenu des parents qui se retrouve dans celui des enfants. Une élasticité nulle signifierait que l'origine familiale ne détermine rien ; une élasticité de 100 % que tout se transmet. Dans les pays de l'OCDE, elle s'échelonne de 12 % à 76 %. Avec l'élasticité moyenne, proche de 38 %, il faudrait quatre à cinq générations dans un pays de l'OCDE type.

Les écarts entre pays sont considérables : quatre générations au moins, soit plus d'un siècle, dans les pays nordiques, où les inégalités sont faibles et la mobilité forte ; neuf générations ou plus dans des économies émergentes comme le Brésil, la Colombie ou l'Afrique du Sud — au moins trois siècles pour la Colombie.

L'OCDE insiste enfin sur ce qu'elle appelle les « planchers adhérents » : environ deux tiers des enfants d'ouvriers sont eux-mêmes ouvriers, et seuls douze enfants sur cent dont les parents sont peu instruits obtiennent un diplôme de l'enseignement supérieur. Symétriquement, des « plafonds adhérents » protègent les enfants des familles aisées du risque de descendre l'échelle sociale.

Source : D'après OCDE, « L'ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale », Éditions OCDE, 2019. · Champ : Pays de l'OCDE et quelques économies émergentes ; estimations simulées à partir de l'élasticité des revenus d'activité entre pères et fils.
  1. Que mesure l'élasticité intergénérationnelle des revenus ? Que signifient une valeur de 0 et une valeur de 100 % ?

    La réponse figure dans le deuxième paragraphe : reformulez-la avec vos propres mots.

    Correction

    L'élasticité intergénérationnelle des revenus mesure la part du revenu des parents qui se retrouve dans le revenu des enfants devenus adultes : c'est un indicateur de persistance, donc l'inverse de la mobilité.

    Une élasticité nulle signifierait que le revenu d'un adulte n'a aucun lien avec celui de ses parents : la mobilité serait alors maximale et l'origine sociale sans effet. Une élasticité de 100 % signifierait au contraire que le revenu est entièrement déterminé par celui du père : la société serait totalement reproductrice. Les pays de l'OCDE se situent entre 12 % et 76 %.

  2. Expliquez pourquoi un même écart de revenus se résorbe plus lentement dans certains pays que dans d'autres.

    Deux paramètres entrent dans le calcul : l'élasticité, mais aussi la distance à parcourir.

    Correction

    Le nombre de générations dépend de deux éléments qui se combinent.

    D'abord de l'élasticité : plus la part du revenu des parents transmise aux enfants est élevée, plus le rattrapage est lent, puisque chaque génération ne comble qu'une petite fraction de l'écart.

    Ensuite de l'ampleur des inégalités : plus le bas de la distribution est éloigné du revenu moyen, plus la distance à parcourir est grande. C'est pourquoi les pays nordiques, qui cumulent faibles inégalités et forte mobilité, s'en sortent en quatre générations environ, tandis que des pays à très fortes inégalités comme la Colombie ou l'Afrique du Sud en demandent neuf ou davantage.

  3. Qu'appelle-t-on « planchers adhérents » et « plafonds adhérents » ? Illustrez avec les données du texte.

    Correction

    Ces deux images désignent l'absence de mobilité aux extrémités de l'échelle sociale.

    Le plancher adhérent décrit la difficulté à quitter le bas : environ deux tiers des enfants d'ouvriers sont eux-mêmes ouvriers et seuls 12 enfants sur 100 dont les parents sont peu instruits obtiennent un diplôme de l'enseignement supérieur. L'origine sociale pèse donc lourdement sur les chances scolaires puis professionnelles.

    Le plafond adhérent décrit la situation symétrique en haut : les enfants de familles aisées sont largement protégés du risque de descendre, grâce aux ressources économiques, culturelles et relationnelles de leur famille. La mobilité observée se concentre ainsi dans la partie médiane de la structure sociale : c'est une mobilité de courte distance.

  4. Ces estimations en « nombre de générations » doivent-elles être prises au pied de la lettre ? Justifiez.

    Le texte parle de simulations : que suppose-t-on pour les générations à venir ?

    Correction

    Non. Il s'agit de simulations illustratives, et non de prévisions.

    Elles supposent que l'élasticité des revenus et la distribution actuelle des revenus resteront inchangées pendant plusieurs siècles, ce qui est peu vraisemblable : les politiques éducatives, fiscales et sociales peuvent modifier la transmission des positions, et la structure des emplois évolue. Elles reposent en outre sur la seule relation entre pères et fils, ce qui laisse de côté la position des mères et la trajectoire des femmes.

    Leur intérêt est comparatif : elles traduisent en un ordre de grandeur intuitif un coefficient statistique abstrait, et permettent de classer les pays. Il ne faut donc pas lire « six générations » comme la durée réelle d'une ascension familiale, mais comme une mesure de l'inertie des inégalités.

  5. En quoi ce document complète-t-il l'analyse de la mobilité sociale par les tables de mobilité ?

    Les tables classent des catégories socioprofessionnelles ; ce document raisonne sur une autre grandeur.

    Correction

    Les tables de mobilité comparent des positions classées dans une nomenclature socioprofessionnelle : elles disent si un enfant occupe la même catégorie que son parent, mais ne mesurent pas les écarts de niveau de vie à l'intérieur d'une catégorie ni entre elles.

    L'approche par les revenus mesure au contraire une grandeur continue : elle permet de quantifier la distance parcourue et de comparer facilement des pays dont les nomenclatures diffèrent. C'est un avantage décisif pour la comparaison internationale.

    Les deux approches sont complémentaires : la première décrit finement les trajectoires entre groupes sociaux dans un pays donné, la seconde résume en un coefficient la force de la transmission économique. Aucune des deux ne mesure directement la fluidité sociale, qui suppose de neutraliser l'effet de la déformation de la structure des positions.

Notions : mobilité sociale fluidité sociale reproduction sociale

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