Analyse de document — Mesurer la mobilité par les revenus
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l'ordre.
Document — La France est-elle le pays de la reproduction des inégalités ?
Les tables de mobilité comparent des catégories socioprofessionnelles. On peut aussi mesurer la mobilité à partir des revenus, en comparant ceux des enfants devenus adultes à ceux de leurs parents au même âge. Deux notions se distinguent alors.
La mobilité absolue demande simplement si les enfants gagnent plus que leurs parents. En France, cette proportion est passée de plus de 90 % pour les générations nées au milieu du XXᵉ siècle à environ 60 % pour les plus récentes : le ralentissement de la croissance des revenus a suffi à faire reculer cette forme de progrès, sans que les chances relatives aient nécessairement changé.
La mobilité relative s'intéresse au contraire à la position occupée dans l'échelle des revenus. Environ trois enfants sur quatre se retrouvent dans un cinquième de revenu différent de celui de leurs parents, et 12 % passent du cinquième le plus modeste au cinquième le plus aisé. Les chances restent pourtant très inégales : un enfant issu d'une famille appartenant aux 20 % les plus aisés a en moyenne trois fois plus de chances d'y figurer à son tour qu'un enfant de famille modeste. Au total, le milieu familial expliquerait de l'ordre de 30 % de la variabilité des revenus — ce qui laisse 70 % à d'autres facteurs.
Ces résultats invitent à la prudence sur le classement de la France. L'OCDE lui attribue une élasticité intergénérationnelle des revenus élevée, de 0,53, mais d'autres travaux aboutissent à 0,3 ou 0,4 selon les données et les méthodes retenues. La France occuperait en réalité une position plutôt intermédiaire : plus mobile que les États-Unis, moins que les pays nordiques, le Canada ou la Suisse.
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Distinguez la mobilité absolue et la mobilité relative telles que le texte les définit.
L'une compare des niveaux, l'autre des positions.
Correction
La mobilité absolue compare des niveaux de revenu : les enfants gagnent-ils plus que leurs parents au même âge ? Elle dépend donc très directement de la croissance économique. En France, elle est passée de plus de 90 % à environ 60 % des enfants.
La mobilité relative compare des positions dans la distribution : l'enfant se situe-t-il dans le même cinquième de revenu que ses parents ? Elle ne dépend pas du niveau général des revenus, mais de la place occupée les uns par rapport aux autres. Elle est proche, dans son esprit, de la fluidité sociale mesurée sur les catégories socioprofessionnelles.
Les deux peuvent évoluer en sens contraire : une société peut voir sa mobilité absolue reculer, faute de croissance, sans que les chances relatives d'ascension aient changé.
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« Environ trois enfants sur quatre se retrouvent dans un cinquième de revenu différent de celui de leurs parents. » Ce chiffre suffit-il à conclure que la société française est ouverte ?
Combien de cinquièmes existe-t-il ? Que se passerait-il si les positions étaient tirées au hasard ?
Correction
Non. Avec cinq groupes de taille égale, un tirage purement aléatoire placerait déjà 80 % des enfants dans un cinquième différent de celui de leurs parents. Observer 75 % n'a donc rien d'un signe d'ouverture : c'est même légèrement moins que ce que produirait le hasard.
Le chiffre pertinent est ailleurs : un enfant issu des 20 % les plus aisés a environ trois fois plus de chances qu'un enfant de famille modeste d'appartenir à son tour aux 20 % les plus aisés. C'est ce rapport de chances qui mesure l'inégalité des destinées.
La leçon est la même que pour les tables de mobilité : un volume élevé de mobilité observée ne prouve pas l'égalité des chances.
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Pourquoi la part des enfants gagnant plus que leurs parents a-t-elle reculé de plus de 90 % à environ 60 % ?
Correction
Parce que la mobilité absolue dépend d'abord du rythme de croissance des revenus. Les générations nées au milieu du XXᵉ siècle ont bénéficié d'une forte croissance : il suffisait d'occuper une position comparable à celle de ses parents pour disposer d'un revenu supérieur au leur. Le ralentissement de la croissance a fait disparaître cet effet mécanique.
Ce recul ne signifie donc pas nécessairement que la société est devenue plus fermée : les chances relatives d'ascension peuvent être restées inchangées. Il montre surtout que le progrès entre générations n'est pas acquis, et que l'expérience du déclassement peut se répandre sans que la structure des inégalités se soit modifiée.
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Pourquoi les estimations de l'élasticité intergénérationnelle varient-elles de 0,3 à 0,53 selon les travaux ? Quelle conclusion en tirer ?
Le texte évoque les données et les méthodes retenues.
Correction
Parce que le résultat dépend de choix de mesure : quelles données de revenu sont utilisées (revenu d'activité ou revenu du ménage), à quel âge parents et enfants sont observés, sur combien d'années le revenu est moyenné, et comment sont traités les cas d'inactivité ou de chômage. Un revenu mesuré une seule année est plus bruité qu'un revenu moyenné sur plusieurs, ce qui modifie sensiblement l'estimation.
La conclusion est méthodologique : un classement international des pays selon un coefficient unique doit être manié avec prudence. Le texte rappelle que la France se situe en réalité dans une position intermédiaire — plus mobile que les États-Unis, moins que les pays nordiques, le Canada ou la Suisse — et non au rang de championne de la reproduction sociale que l'on lui prête souvent.
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En quoi cette approche par les revenus est-elle complémentaire des tables de mobilité étudiées en cours ?
Correction
Les tables de mobilité raisonnent sur des catégories socioprofessionnelles : elles décrivent finement les trajectoires entre groupes sociaux et permettent de distinguer immobilité, mobilité ascendante, descendante et non verticale. Mais elles dépendent d'une nomenclature nationale, dont le contenu évolue dans le temps, et elles ignorent les écarts de revenu à l'intérieur d'un même groupe.
L'approche par les revenus mesure une grandeur continue et comparable d'un pays à l'autre : elle quantifie la distance parcourue et se prête aux comparaisons internationales. En revanche, elle dit peu de chose des conditions de travail, du prestige ou du mode de vie attachés à une position.
Les deux approches se rejoignent sur un point essentiel : distinguer le volume de mobilité, sensible à la croissance et à la déformation de la structure sociale, de l'égalité des chances, qui se mesure par des rapports de chances entre origines.