Étude de document — Les gains de la mondialisation et leurs perdants
Lisez le document, puis répondez aux questions dans l'ordre.
Document — Qui gagne, qui perd à l'ouverture commerciale ?
La Direction générale du Trésor a consacré une étude au partage des gains de la mondialisation. Son point de départ est un constat théorique quasi unanime : depuis Ricardo jusqu'aux travaux les plus récents sur l'hétérogénéité des entreprises, les économistes s'accordent à dire que la libéralisation commerciale améliore, à long terme, le bien-être et l'activité de l'ensemble des pays participants. Les mécanismes diffèrent selon les modèles — exploitation des avantages comparatifs, économies d'échelle, sélection des entreprises les plus productives — mais tous concluent à un gain agrégé.
L'étude insiste aussitôt sur trois réserves. La première tient au calendrier : les gains supposent une réallocation de la main-d'œuvre entre secteurs, qui se heurte à des problèmes de qualification et de mobilité géographique. Il peut même être nécessaire d'attendre le renouvellement complet de la force de travail — une quarantaine d'années — pour que l'ensemble des gains se matérialise.
La deuxième porte sur la répartition entre pays. Certains pays émergents ont comblé une partie de leur retard de développement, ce qui a réduit les inégalités mondiales. Mais dans les pays avancés, les hauts revenus ont davantage profité de l'ouverture que les classes moyennes-basses, ce qui y a accru les inégalités.
La troisième concerne les perdants directs. Les travaux empiriques cités estiment que 25 % des destructions brutes d'emplois industriels aux États-Unis s'expliqueraient par l'exposition à la concurrence chinoise ; en France, cette concurrence serait responsable de 13 % du déclin de l'emploi manufacturier entre 1995 et 2007, soit environ 90 000 emplois locaux détruits. Ces pertes sont durables : aux États-Unis, elles ne sont compensées qu'au bout d'une décennie au moins.
L'étude souligne pourtant que le progrès technique, et notamment l'automatisation, reste la cause prépondérante de la hausse des inégalités dans les pays avancés. Elle en tire une conclusion de politique économique : plutôt que de renoncer aux gains de l'ouverture, il faut mieux en accompagner les effets — formation de la main-d'œuvre, mobilité du travail, convergence des standards sociaux en Europe, et coopération fiscale internationale afin que chaque État conserve la capacité de redistribuer selon ses préférences.
D'après Direction générale du Trésor, Trésor-Éco n° 210, « Mondialisation, croissance et inégalités : implications pour la politique économique », novembre 2017.
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Repérage. Selon le document, sur quoi les économistes s'accordent-ils, et sur quoi portent leurs réserves ?
Séparez ce qui relève du gain agrégé et ce qui relève de sa répartition et de son calendrier.
Correction
Réponse attendue : l'accord porte sur le gain agrégé de long terme : la libéralisation commerciale accroît le bien-être et l'activité dans l'ensemble des pays participants, quels que soient les mécanismes retenus — avantages comparatifs, économies d'échelle, sélection des entreprises les plus productives.
Les réserves portent sur trois points distincts. Le calendrier d'abord : les gains ne se matérialisent qu'après une réallocation de la main-d'œuvre entre secteurs, qui peut demander jusqu'au renouvellement complet d'une génération de travailleurs, soit une quarantaine d'années. La répartition entre pays ensuite : certains émergents rattrapent leur retard, ce qui réduit les inégalités mondiales, mais tous les pays ne gagnent pas également. La répartition à l'intérieur des pays enfin : dans les pays avancés, les hauts revenus profitent davantage de l'ouverture que les classes moyennes-basses.
La distinction essentielle est donc celle entre le niveau agrégé, où le bilan est positif, et la distribution, où il ne l'est pas pour tout le monde.
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Analyse. Que signifie précisément l'affirmation selon laquelle 13 % du déclin de l'emploi manufacturier français entre 1995 et 2007 serait imputable à la concurrence chinoise ?
Faites attention au dénominateur : 13 % de quoi ? Et que représentent les 87 % restants ?
Correction
Réponse attendue : le pourcentage ne porte pas sur l'emploi manufacturier total, mais sur sa baisse entre 1995 et 2007. Sur l'ensemble des emplois industriels perdus au cours de cette période, environ 13 sur 100 — soit à peu près 90 000 emplois — seraient attribuables à l'exposition des bassins d'emploi aux importations chinoises.
Cela signifie aussi que 87 % du déclin s'explique par d'autres facteurs : les gains de productivité et l'automatisation, l'externalisation vers les services d'activités auparavant comptées dans l'industrie, la déformation de la demande vers les services, ou encore la concurrence d'autres pays. Le document rappelle d'ailleurs que le progrès technique reste la cause prépondérante.
Deux erreurs de lecture sont à éviter : croire que la Chine aurait détruit 13 % de l'emploi industriel français, ce qui serait bien plus élevé ; et conclure que le commerce international n'a joué aucun rôle, ce que le chiffre contredit tout autant.
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Interprétation. Pourquoi les gains de l'ouverture sont-ils politiquement moins visibles que ses coûts ?
Demandez-vous qui gagne, qui perd, combien chacun gagne ou perd, et où ces personnes se trouvent.
Correction
Réponse attendue : l'asymétrie est d'abord une question de concentration. Les gains prennent la forme de prix plus bas et d'une variété plus grande : ils se répartissent en petites quantités sur des dizaines de millions de consommateurs, dont aucun n'attribue spontanément quelques euros d'économie sur un vêtement à la politique commerciale. Les pertes, à l'inverse, se concentrent sur un nombre réduit de personnes qui perdent leur emploi, dans des bassins souvent mono-industriels où il n'existe pas d'alternative locale.
S'y ajoute une asymétrie temporelle : la fermeture d'un site est immédiate et datable, alors que les emplois créés dans les secteurs exportateurs apparaissent progressivement, ailleurs, et sans qu'on puisse les rattacher à la même cause. Le document précise que les pertes ne sont compensées qu'au bout d'une décennie au moins aux États-Unis.
Enfin, l'asymétrie est géographique et sociale : les perdants forment un groupe identifiable, capable de s'organiser politiquement, tandis que les gagnants sont dispersés et n'ont pas conscience de l'être.
Cette configuration explique la force persistante des demandes de protection, même lorsque le bilan agrégé de l'ouverture est positif.
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Ouverture. Le document écarte le protectionnisme comme réponse. Quelles solutions propose-t-il, et pourquoi celles-ci plutôt que la fermeture des frontières ?
Repérez les recommandations nationales, européennes et internationales, puis demandez-vous ce que le protectionnisme réglerait et ce qu'il ne réglerait pas.
Correction
Réponse attendue : le document propose d'agir sur l'accompagnement plutôt que sur l'ouverture elle-même. Au niveau national : améliorer la formation de la main-d'œuvre et favoriser la mobilité du travail, afin d'accélérer la réallocation qui conditionne les gains. Au niveau européen : accompagner l'intégration économique d'une convergence des standards sociaux, notamment par des socles communs. Au niveau international : renforcer la coopération multilatérale, rechercher davantage de réciprocité auprès des partenaires moins ouverts que l'Europe, et coopérer en matière fiscale afin que chaque État conserve la capacité de choisir son intensité de redistribution.
La logique de ce choix est double. D'une part, le protectionnisme ferait perdre les gains de l'ouverture — prix plus élevés, variété réduite, moindre concurrence — sans rendre leurs emplois aux salariés déjà licenciés, et il exposerait le pays à des mesures de rétorsion. D'autre part, et c'est l'argument décisif, le document identifie le progrès technique comme cause prépondérante de la hausse des inégalités : fermer les frontières ne ferait rien contre l'automatisation, qui détruit également des emplois peu et moyennement qualifiés.
Discussion attendue : on peut objecter que ces politiques d'accompagnement sont coûteuses, lentes, et que leur efficacité empirique reste discutée — l'expérience américaine du Trade Adjustment Assistance est souvent citée comme décevante. C'est précisément l'insuffisance de cet accompagnement qui alimente aujourd'hui le retour du protectionnisme dans le débat public.