Étude de document — La sociabilité numérique remplace-t-elle les autres liens ?
Lisez le texte puis répondez aux questions, du repérage vers l’interprétation.
Document — Ce que les écrans font aux relations
L’idée selon laquelle les outils numériques enfermeraient chacun devant son écran et videraient les relations de leur substance est répandue. Les enquêtes sur les pratiques relationnelles conduisent pourtant à un constat plus nuancé.
Dans une enquête menée auprès de 2 000 personnes âgées de 18 à 64 ans, les personnes qui échangent quotidiennement par messagerie ou sur les réseaux sociaux déclarent en moyenne 5,8 rencontres en face-à-face par semaine avec des proches, contre 3,9 pour celles qui n’utilisent jamais ces outils. Les usages numériques se cumulent donc le plus souvent avec les autres formes de sociabilité, plutôt qu’ils ne s’y substituent : on écrit surtout à des personnes que l’on connaît déjà, et l’on organise par ce moyen les rencontres à venir.
Ce constat général masque toutefois des différences importantes. La part des personnes déclarant avoir noué au moins une amitié durable en ligne atteint 34 % chez les 18-24 ans contre 9 % chez les 50-64 ans. Par ailleurs, les personnes les plus diplômées utilisent davantage ces outils pour entretenir des relations professionnelles, quand les moins diplômées les mobilisent surtout dans le cercle familial et amical de proximité.
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Relevez les deux chiffres qui comparent le nombre de rencontres en face-à-face selon l’usage du numérique.
Un relevé doit être précis : chiffre, unité et population concernée.
Correction
Les personnes qui échangent quotidiennement par messagerie ou sur les réseaux sociaux déclarent en moyenne 5,8 rencontres en face-à-face par semaine avec des proches, contre 3,9 pour celles qui n’utilisent jamais ces outils. Il s’agit de moyennes hebdomadaires portant sur des personnes de 18 à 64 ans résidant en France.
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Ces chiffres confirment-ils l’idée que le numérique remplace les relations en face-à-face ? Justifiez.
Comparez les deux valeurs, puis nommez le phénomène décrit dans le texte.
Correction
Non, ils la contredisent. Les utilisateurs quotidiens du numérique rencontrent en moyenne près de deux personnes de plus par semaine que les non-utilisateurs (5,8 contre 3,9, soit un rapport d’environ 1,5). Le texte parle d’un cumul et non d’une substitution : les outils numériques prolongent des relations déjà existantes et servent à organiser les rencontres. La sociabilité numérique s’ajoute donc aux formes traditionnelles de sociabilité.
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Peut-on en conclure que l’usage du numérique augmente le nombre de rencontres ? Justifiez votre réponse.
Distinguez ce qui relève d’une corrélation et ce qui relève d’une causalité.
Correction
Non, pas directement. Le document établit une corrélation entre usage numérique et sociabilité de face-à-face, pas une causalité. Le sens de la relation peut être inverse : les personnes qui ont déjà beaucoup de relations ont davantage de raisons d’utiliser une messagerie. Une troisième variable peut aussi agir sur les deux : l’âge, par exemple, puisque les plus jeunes sont à la fois les plus connectés et les plus sortants. Pour trancher, il faudrait comparer des personnes comparables par ailleurs (« toutes choses égales par ailleurs »).
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Le troisième paragraphe montre que les usages numériques ne sont pas identiques pour tous. Quelles différences le texte met-il en évidence ?
Repérez les deux variables de différenciation employées par le texte.
Correction
Le texte différencie les usages selon l’âge et selon le niveau de diplôme. Sur l’âge : 34 % des 18-24 ans déclarent avoir noué au moins une amitié durable en ligne, contre 9 % des 50-64 ans, soit une proportion près de quatre fois plus élevée chez les jeunes. Sur le diplôme : les plus diplômés utilisent surtout ces outils pour entretenir des relations professionnelles, alors que les moins diplômés les mobilisent dans le cercle familial et amical proche. Les ressources et les usages relationnels restent donc socialement différenciés.
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En vous appuyant sur le document et sur le cours, expliquez pourquoi l’on peut dire que le lien social se transforme sans disparaître.
Réutilisez la distinction entre nature du lien et existence du lien, vue avec Durkheim.
Correction
Le document montre que de nouvelles formes de relations apparaissent — des échanges à distance, permanents, parfois avec des personnes rencontrées en ligne — sans que les formes anciennes s’effacent : les utilisateurs du numérique voient au contraire davantage leurs proches. Ce qui change, c’est le support et la forme des relations, pas leur existence.
On retrouve la thèse de Durkheim sur la division du travail : le lien social n’a pas disparu quand les sociétés se sont différenciées, il a changé de fondement, passant de la ressemblance à la complémentarité. De la même manière, la sociabilité numérique diversifie les canaux du lien social. Ce constat n’interdit pas de repérer des fragilités, mais celles-ci viennent surtout des ruptures d’emploi et de la précarité, plus que des écrans.