Étude de document — La sociabilité numérique remplace-t-elle les autres liens ?
Lisez le texte puis répondez aux questions, du repérage vers l’interprétation.
Document — Internet, un outil de sociabilité en recul devant la rencontre en personne
Le numérique a-t-il remplacé les occasions ordinaires de faire connaissance ? Une enquête menée du 5 juillet au 6 août 2024 auprès de 4 066 personnes de 12 ans et plus, à la demande de l’Arcep, de l’Arcom, du CGE et de l’ANCT, permet d’en juger.
Interrogés sur ce qu’internet leur a permis de faire au cours de l’année écoulée, 39 % des Français déclarent y avoir retrouvé d’anciennes connaissances et 34 % y avoir noué des liens avec de nouvelles personnes. Ces deux proportions étaient supérieures de 11 points et de 10 points en 2019 : le rôle d’internet comme instrument de mise en relation recule donc nettement. Le repli est le plus marqué chez les jeunes adultes : la part des 18-24 ans ayant retrouvé d’anciennes connaissances en ligne passe de 76 % à 56 % entre 2019 et 2024, et celle des 25-39 ans de 70 % à 51 %, contre un passage de 50 % à 41 % chez les 40-59 ans. Une seule pratique progresse, la rencontre amoureuse en ligne : 19 % des personnes interrogées en 2024, contre 15 % en 2019.
Interrogés cette fois sur leurs préférences, 85 % des enquêtés déclarent préférer, pour nouer des liens avec de nouvelles personnes, les rencontres en personne dans les lieux de leur vie quotidienne. Cette préférence croît avec l’âge : 79 % chez les 25-39 ans, 88 % chez les 60-69 ans et 93 % chez les 70 ans et plus. Les sites de rencontres sont cités par 13 % de l’ensemble des enquêtés, mais par 22 % des 18-24 ans.
D’après CRÉDOC, Baromètre du numérique, édition 2025.
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Relevez les trois chiffres de 2024 qui décrivent ce qu’internet a permis aux enquêtés, et rédigez une phrase de lecture pour le premier d’entre eux.
Une phrase de lecture précise l’année, la population, l’unité et la période sur laquelle porte la question.
Correction
Les trois chiffres de 2024 sont :
- 39 % déclarent qu’internet leur a permis de retrouver d’anciennes connaissances ;
- 34 % d’y avoir noué des liens avec de nouvelles personnes ;
- 19 % d’y avoir fait une rencontre amoureuse.
Phrase de lecture : « En 2024, 39 % des personnes âgées de 12 ans et plus résidant en France déclarent qu’internet leur a permis, au cours de l’année écoulée, de retrouver d’anciennes connaissances. »
Deux précautions s’imposent. Ces chiffres portent sur l’ensemble de la population de 12 ans et plus, et non sur les seuls internautes. Et ce sont des déclarations recueillies par questionnaire, non des comportements observés.
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À partir des évolutions indiquées, calculez les proportions de 2019 pour les deux premiers usages, puis mesurez la baisse en points et en pourcentage.
Une baisse « de 11 points » signifie que la valeur de 2019 dépassait celle de 2024 de 11 points de pourcentage. Le taux de variation se calcule ensuite par (valeur d’arrivée − valeur de départ) / valeur de départ.
Correction
Reconstitution des valeurs de 2019 :
- retrouver d’anciennes connaissances : 39 + 11 = 50 % en 2019 ;
- nouer des liens avec de nouvelles personnes : 34 + 10 = 44 % en 2019.
Baisse en points (écart absolu) : −11 points et −10 points.
Baisse en pourcentage (taux de variation) :
- (39 − 50) / 50 = −0,22, soit −22 % ;
- (34 − 44) / 44 ≈ −0,227, soit environ −23 %.
En cinq ans, la part des Français utilisant internet pour renouer ou pour nouer des relations a donc diminué d’environ un cinquième. Attention à ne pas confondre les deux mesures : dire « −11 % » au lieu de « −11 points » est une erreur classique, et donnerait ici un résultat deux fois trop faible.
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Le recul de la mise en relation par internet touche-t-il également toutes les générations ? Appuyez-vous sur les données par âge.
Comparez à la fois l’ampleur de la baisse et le niveau atteint en 2024. Les deux ne disent pas la même chose.
Correction
Non, la baisse est très inégale selon l’âge, pour l’usage d’internet permettant de retrouver d’anciennes connaissances :
- 18-24 ans : de 76 % à 56 %, soit −20 points (environ −26 % en variation relative) ;
- 25-39 ans : de 70 % à 51 %, soit −19 points (environ −27 %) ;
- 40-59 ans : de 50 % à 41 %, soit −9 points (−18 %).
Le repli est donc deux fois plus fort chez les moins de 40 ans que chez les 40-59 ans, en points de pourcentage.
Mais il faut distinguer l’évolution du niveau. Même après cette chute, les 18-24 ans restent les plus nombreux à avoir renoué un contact en ligne : 56 % en 2024, contre 41 % des 40-59 ans, soit 15 points d’écart. Les jeunes générations demeurent les plus connectées ; ce sont simplement elles qui ont le plus réduit cet usage particulier d’internet, sans doute parce que c’est chez elles que le confinement avait le plus artificiellement gonflé les contacts à distance.
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Que déclarent les enquêtés lorsqu’on les interroge sur leurs préférences pour nouer de nouveaux liens ? Comment interpréter l’écart entre les tranches d’âge ?
Relevez d’abord le chiffre d’ensemble, puis le gradient par âge. Demandez-vous ensuite si cet écart traduit un effet d’âge ou un effet de génération.
Correction
Relevé. 85 % des enquêtés préfèrent, pour nouer des liens avec de nouvelles personnes, les rencontres en personne dans les lieux de leur vie quotidienne — travail, études, voisinage, activités associatives ou sportives. Les sites de rencontres ne sont cités que par 13 % de l’ensemble, mais par 22 % des 18-24 ans.
Gradient par âge. La préférence pour le face-à-face croît régulièrement : 79 % chez les 25-39 ans, 88 % chez les 60-69 ans, 93 % chez les 70 ans et plus, soit 14 points d’écart entre les deux extrêmes cités.
Deux interprétations concurrentes. On peut y voir un effet d’âge : les jeunes adultes sont dans la phase de la vie où l’on constitue son couple et son réseau amical, ce qui les rend plus ouverts à des canaux de rencontre variés, alors qu’à 70 ans le cercle relationnel est largement constitué. On peut aussi y voir un effet de génération : les personnes socialisées avec les outils numériques les considèrent comme un moyen ordinaire de rencontre, ce qui n’est pas le cas des générations plus âgées.
Une enquête à une seule date ne permet pas de trancher : il faudrait suivre les mêmes générations dans le temps.
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Ce document permet-il d’affirmer que la sociabilité numérique remplace les relations en face-à-face ? Précisez ce que le document mesure et ce qu’il ne mesure pas, puis montrez, en vous appuyant sur le cours, que le lien social peut se transformer sans disparaître.
Distinguez soigneusement ce qui est mesuré — des usages déclarés et des préférences déclarées — de ce qui ne l’est pas : le volume réel de relations. Réutilisez ensuite la distinction entre la nature du lien et son existence, vue avec Durkheim.
Correction
Ce que le document mesure. Deux choses seulement : d’une part la fréquence déclarée de certains usages d’internet (retrouver, rencontrer, nouer une relation amoureuse) au cours de l’année écoulée ; d’autre part une préférence déclarée quant au mode de rencontre privilégié.
Ce qu’il ne mesure pas. Il ne dit rien du nombre de rencontres en face-à-face, du temps passé avec les proches, ni de la taille du réseau relationnel. Surtout, il ne compare pas les gros utilisateurs du numérique aux non-utilisateurs. On ne peut donc pas en déduire un effet du numérique sur la sociabilité de face-à-face : l’hypothèse de substitution n’est ni confirmée ni infirmée par ces chiffres.
Ce qu’il autorise à dire. Les données vont plutôt à l’encontre de l’image d’un internet qui aurait absorbé la vie relationnelle : le recours à internet pour élargir son cercle a nettement reculé depuis 2019 (39 % et 34 %, contre 50 % et 44 %), et 85 % des enquêtés déclarent préférer rencontrer de nouvelles personnes dans les lieux de leur vie quotidienne. Internet apparaît moins comme un substitut que comme un espace de sociabilité plus ciblé, réservé à certains usages précis — la rencontre amoureuse en ligne étant la seule pratique en hausse, de 15 % à 19 %.
Lien avec le cours. Le lien social ne disparaît pas parce que ses supports changent. Durkheim l’avait montré à propos de la division du travail : en passant de la solidarité mécanique à la solidarité organique, le lien a changé de fondement — de la ressemblance à la complémentarité — sans cesser d’exister. De la même manière, le numérique ajoute des canaux (messageries, réseaux sociaux, sites de rencontre) sans supprimer les instances qui produisent le lien : la famille, l’école, le travail, le voisinage. Les fragilités du lien social observées aujourd’hui tiennent d’ailleurs davantage aux ruptures d’emploi et à la précarité qu’aux écrans.