Étude de document — Isolement relationnel : un cumul de difficultés
Lisez le texte puis répondez aux questions, du repérage vers l’interprétation.
Document — Ce que l’isolement change dans une vie
Pour mesurer l’isolement, la statistique publique ne se fie pas au sentiment déclaré mais aux contacts effectifs. Une personne est considérée comme isolée lorsqu’elle n’a, au plus, qu’une rencontre ou qu’un contact à distance par mois avec un cercle de relations donné, en dehors des personnes qui vivent sous son toit. Deux cercles sont distingués : la famille et l’entourage, c’est-à-dire les amis, les voisins et les collègues.
En 2015, en France métropolitaine, 3 % des personnes de 16 ans ou plus étaient isolées à la fois de leur famille et de leur entourage, 7 % de leur seule famille et 13 % de leur seul entourage. Une large majorité, 77 %, entretenait donc des contacts réguliers avec les deux cercles. Le phénomène était resté stable depuis 2006. Les personnes isolées des deux cercles sont plus souvent des hommes, plutôt âgés de 40 ans ou plus, moins diplômés et moins fréquemment en emploi que la moyenne.
L’isolement ne se présente jamais seul. Il s’accompagne d’abord de difficultés matérielles : 23 % des personnes isolées des deux cercles vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, contre 9 % des personnes non isolées. Il s’accompagne ensuite d’un mal-être : 32 % se déclarent insatisfaites de la vie qu’elles mènent, contre 13 % des non-isolées, et 17 % disent se sentir seules tout ou presque tout le temps, contre 6 %. Il fragilise enfin l’accès au secours : parmi celles qui ont eu besoin d’aide au cours de l’année, 61 % seulement en ont obtenu une, contre 91 % des personnes non isolées.
D’après Insee, « 3 % des individus isolés de leur famille et de leur entourage : un cumul de difficultés socioéconomiques et de mal-être », Insee Première n° 1770, 2019.
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Comment l’isolement relationnel est-il mesuré dans ce document ? En quoi cette définition diffère-t-elle du sentiment de solitude ?
Repérez le seuil retenu, les cercles distingués et la population exclue du décompte.
Correction
L’isolement est mesuré par une fréquence de contacts : est isolée d’un cercle la personne qui n’a, au plus, qu’une rencontre ou qu’un contact à distance par mois avec ce cercle. Deux cercles sont distingués : la famille d’une part, l’entourage — amis, voisins, collègues — d’autre part. Les personnes vivant sous le même toit ne sont pas comptées : un couple qui ne voit personne d’autre est donc considéré comme isolé.
Cette définition est objective : elle porte sur des faits observables et déclarés, indépendamment de la manière dont la personne les vit. Le sentiment de solitude est au contraire subjectif : on peut se sentir seul en étant très entouré, et vivre avec peu de contacts sans en souffrir. Le document montre d’ailleurs que les deux ne se recouvrent pas complètement, puisque 17 % seulement des personnes isolées des deux cercles disent se sentir seules tout ou presque tout le temps.
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Relevez les chiffres qui décrivent l’ampleur du phénomène en 2015, et vérifiez leur cohérence.
Les quatre situations sont exclusives : elles doivent couvrir l’ensemble de la population.
Correction
En 2015, parmi les personnes de 16 ans ou plus vivant en France métropolitaine :
- 3 % étaient isolées à la fois de leur famille et de leur entourage ;
- 7 % étaient isolées de leur seule famille ;
- 13 % étaient isolées de leur seul entourage ;
- 77 % n’étaient isolées d’aucun des deux cercles.
Vérification : 3 + 7 + 13 + 77 = 100 %. Les quatre situations sont bien exclusives et couvrent toute la population du champ. Au total, 23 % des personnes — près d’une sur quatre — sont isolées d’au moins un cercle, mais l’isolement complet reste rare. Le document précise en outre que la proportion est stable depuis 2006, ce qui contredit l’idée d’une montée continue de l’isolement.
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Le document parle d’un « cumul de difficultés ». Montrez-le en confrontant systématiquement les personnes isolées des deux cercles et les personnes non isolées.
Construisez la comparaison sur trois plans : les ressources, le bien-être, l’accès à l’aide. Pensez aux écarts en points et aux coefficients multiplicateurs.
Correction
La comparaison est systématiquement défavorable aux personnes isolées des deux cercles.
- Ressources. 23 % vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, contre 9 % des non-isolées : un écart de 14 points, soit une pauvreté environ 2,6 fois plus fréquente.
- Bien-être. 32 % se déclarent insatisfaites de la vie qu’elles mènent, contre 13 % : 19 points d’écart, soit près de 2,5 fois plus. Et 17 % se sentent seules tout ou presque tout le temps, contre 6 %, soit près de trois fois plus.
- Accès à l’aide. Parmi celles qui en avaient besoin, 61 % ont obtenu de l’aide, contre 91 % des non-isolées : 30 points d’écart.
C’est ce dernier point qui donne son sens au mot « cumul ». Les difficultés ne s’additionnent pas seulement, elles se renforcent : l’isolement prive précisément des ressources relationnelles qui permettraient d’y faire face. Quand une personne bien entourée traverse une difficulté, son réseau amortit le choc ; la personne isolée, elle, l’encaisse seule, ce qui aggrave sa situation matérielle et son mal-être, et réduit encore ses occasions de nouer des liens.
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Le document permet-il d’affirmer que l’isolement rend pauvre ? Justifiez.
Distinguez corrélation et causalité, et cherchez le sens que la relation pourrait prendre dans l’autre direction.
Correction
Non. Le document établit une corrélation — l’isolement et la pauvreté vont ensemble — mais pas une causalité, et la relation est très probablement réciproque.
Dans un sens, l’isolement appauvrit : sans réseau, on accède moins facilement aux informations sur les emplois, les droits sociaux ou les logements disponibles, et l’on ne peut compter sur personne pour un dépannage matériel. Le chiffre des 61 % d’aide obtenue contre 91 % le montre directement.
Dans l’autre sens, la pauvreté isole : entretenir des relations coûte de l’argent — inviter, sortir, se déplacer, offrir — et ces dépenses sont les premières sacrifiées quand le budget se contracte. La honte liée à la situation vécue conduit aussi à éviter les occasions de rencontre. C’est très exactement le processus de disqualification sociale décrit par Serge Paugam.
Enfin, des variables tierces peuvent agir sur les deux phénomènes à la fois : le document indique que les personnes isolées sont plus souvent peu diplômées, sans emploi et plus âgées. Le faible niveau de diplôme, par exemple, expose à la fois à des revenus faibles et à un réseau relationnel plus restreint. Pour trancher, il faudrait raisonner « toutes choses égales par ailleurs » ou suivre les mêmes personnes dans le temps.
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En vous appuyant sur le document et sur le cours, expliquez pourquoi l’isolement relationnel constitue un défaut d’intégration sociale, et non un simple choix de vie.
Repartez de la définition de l’intégration sociale, puis mobilisez le profil social des personnes isolées.
Correction
L’intégration sociale désigne le processus par lequel un individu participe à la vie sociale, noue des relations durables, adhère à des normes communes et se sent membre de la société. L’isolement relationnel en est la négation directe : il prive des relations régulières qui font le lien social ordinaire et, surtout, des ressources qu’elles procurent.
On pourrait objecter que certains choisissent la solitude. Deux éléments du document l’interdisent comme explication générale. D’abord, l’isolement n’est pas réparti au hasard : il touche davantage les hommes, les personnes de 40 ans ou plus, les moins diplômées et celles qui ne sont pas en emploi. Une répartition aussi socialement marquée signale un phénomène subi, lié à la position occupée dans la société, et non une préférence individuelle. Ensuite, l’isolement s’accompagne d’un mal-être important — 32 % d’insatisfaction dans la vie menée contre 13 %, 17 % de sentiment de solitude permanent contre 6 % — ce qui est difficilement compatible avec l’idée d’un choix assumé.
On retrouve donc le fil du chapitre. Les instances d’intégration — la famille, l’école, le travail — produisent des relations en même temps qu’un revenu et un statut. Quand l’une d’elles se dérobe, en particulier le travail, ce sont les trois appuis qui cèdent ensemble, et l’isolement s’installe. Il n’est pas une cause première : il est le symptôme d’une intégration défaillante, et il l’aggrave en retour.