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Analyse de document — Ce que produisent vraiment les administrations publiques

Étude de documentÉtude de documentIntermédiaire📄 Document sourcé20 min

Lisez le texte puis répondez aux questions.

Document — Dépenser n'est pas produire

Quand on apprend que les dépenses publiques dépassent 55 % du PIB français, on en conclut parfois que l'État produirait plus de la moitié des richesses du pays. C'est une erreur de lecture : dépenser n'est pas produire. Une large part des dépenses publiques sert en effet à verser des revenus — retraites, allocations familiales, indemnités de chômage — que les ménages dépensent ensuite eux-mêmes. Ces sommes circulent, mais elles ne correspondent à aucune production nouvelle.

Que produisent alors réellement les administrations publiques ? Deux économistes de l'Insee ont fait le calcul pour l'année 2019 : la production des administrations s'élevait à environ 500 milliards d'euros, sur une production nationale totale d'environ 4 300 milliards, et représentait à peu près 18 % de la valeur ajoutée du pays. Cette production, essentiellement non marchande, recouvre les services régaliens — justice, police, défense —, l'enseignement et les soins délivrés à l'hôpital public.

À cela s'ajoute un rôle moins visible. Les administrations financent aussi, à hauteur d'environ 150 milliards d'euros la même année, des biens et des services qui sont produits par des entreprises privées : médicaments remboursés, consultations chez un médecin de ville. La puissance publique est donc à la fois productrice et acheteuse, et il faut distinguer ces deux fonctions. Faute de quoi l'on tombe dans l'erreur symétrique de la première, qui consisterait à croire que les administrations ne font jamais que redistribuer, sans rien créer.

D'après Insee, blog, Nicolas Carnot et Étienne Debauche, « Dans quelle mesure les administrations publiques contribuent-elles à la production nationale ? », 3 décembre 2021.

Source : Insee, blog, Nicolas Carnot et Étienne Debauche, « Dans quelle mesure les administrations publiques contribuent-elles à la production nationale ? », 3 décembre 2021. · Champ : France, année 2019. Texte de synthèse rédigé d'après le billet de blog cité, dont sont issus tous les chiffres. · Lecture : En 2019, la production des administrations publiques françaises s'élevait à environ 500 milliards d'euros et représentait environ 18 % de la valeur ajoutée du pays.
  1. Relevez les deux erreurs de raisonnement que le texte cherche à écarter.

    Correction

    Première erreur : croire que, parce que les dépenses publiques dépassent 55 % du PIB, les administrations publiques produiraient plus de la moitié des richesses du pays. C'est confondre dépenser et produire.

    Seconde erreur, symétrique : croire que les administrations publiques ne font que redistribuer de l'argent, sans rien produire. Le texte rappelle qu'elles produisent bel et bien des services — justice, police, défense, enseignement, soins hospitaliers — pour environ 500 milliards d'euros en 2019.

  2. Pourquoi une grande partie des dépenses publiques ne correspond-elle à aucune production ?

    Correction

    Parce qu'il s'agit de transferts de revenus, et non d'achats ou de fabrication de services. Les retraites, les allocations familiales ou les indemnités de chômage sont prélevées sur les uns et versées aux autres : l'argent change de mains, mais aucun bien ni service nouveau n'est créé à cette occasion.

    La production apparaîtra plus tard, lorsque les ménages utiliseront ces revenus pour consommer — mais elle sera alors le fait des entreprises qui vendront ces biens et services, et non des administrations.

  3. Calculez la part de la production des administrations publiques dans la production nationale totale en 2019. Comparez-la aux 18 % de la valeur ajoutée mentionnés dans le texte, et expliquez l'écart.

    Correction

    500 / 4 300 × 100 ≈ 11,6 % de la production nationale, contre environ 18 % de la valeur ajoutée.

    L'écart s'explique par la différence entre les deux notions. La valeur ajoutée est la production diminuée des consommations intermédiaires. Or les administrations publiques produisent surtout des services reposant sur du travail — enseigner, soigner, juger, protéger — et achètent relativement peu de biens et services à d'autres producteurs. Leur valeur ajoutée représente donc une part élevée de leur production.

    À l'inverse, une branche industrielle achète beaucoup de matières premières, d'énergie et de composants : sa valeur ajoutée est faible au regard de sa production. Le poids des administrations est donc plus élevé quand on raisonne en valeur ajoutée — la mesure pertinente, puisque c'est celle qui sert à construire le PIB.

  4. Que signifie le fait que les administrations financent 150 milliards d'euros de biens et services produits par des entreprises privées ? Donnez un exemple et dites où cette production est comptabilisée.

    Correction

    Cela signifie que l'administration paie une production qu'elle ne réalise pas elle-même. Le texte donne deux exemples : les médicaments remboursés par l'assurance maladie et les consultations chez un médecin de ville.

    Dans ces cas, le producteur est privé : le laboratoire pharmaceutique, le pharmacien, le médecin libéral. La production est donc marchande — elle est vendue à un prix économiquement significatif — et elle est comptabilisée dans la valeur ajoutée des entreprises et des travailleurs indépendants, non dans celle des administrations.

    Ce cas montre que le critère qui distingue production marchande et non marchande n'est pas l'identité du payeur, mais celle du producteur et le niveau du prix par rapport au coût de production.

  5. Un journal titre : « L'État pèse 57 % de l'économie française ». Rédigez en trois ou quatre phrases une correction rigoureuse de ce titre.

    Correction

    Exemple de correction attendue :

    « Ce chiffre est celui des dépenses publiques rapportées au PIB, et non celui de la production des administrations. Or dépenser n'est pas produire : la plus grande partie de ces dépenses consiste à verser des revenus aux ménages, qui les dépensent ensuite eux-mêmes, sans qu'aucune richesse nouvelle ne soit créée à ce stade. La production des administrations publiques représentait, en 2019, environ 500 milliards d'euros, soit à peu près 18 % de la valeur ajoutée du pays. Un titre exact serait donc : les dépenses publiques représentent 57 % du PIB, mais les administrations produisent moins d'un cinquième des richesses créées en France. »

    Critères de réussite : la distinction dépense / production est explicite, un chiffre au moins est cité, et la notion de valeur ajoutée est employée correctement.

Notions : production non marchande administrations publiques valeur ajoutée PIB

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Tout le chapitre : Création et mesure des richesses