Étude de document — Comment travaille une sociologue
Lisez le texte puis répondez aux questions, du repérage vers l’interprétation.
Document — Une enquête sur la lecture des adolescents
Une sociologue s’étonne d’un constat : les élèves de terminale déclarant lire des livres pour leur plaisir sont proportionnellement plus nombreux dans certains lycées que dans d’autres. Elle formule une hypothèse : cet écart tiendrait moins aux établissements eux-mêmes qu’au milieu social des familles.
Pour la vérifier, elle procède en deux temps. Elle fait d’abord passer un questionnaire à un millier d’élèves : nombre de livres lus dans l’année, profession des parents, présence d’une bibliothèque au domicile. Les réponses sont codées et traitées statistiquement ; elles font apparaître un lien net entre la profession des parents et la fréquence de la lecture.
Mais ces chiffres ne disent pas pourquoi les élèves lisent. La sociologue mène alors une trentaine d’entretiens d’une heure. Les élèves y racontent les livres offerts par leurs parents, les conseils d’un professeur, la honte ressentie devant certains camarades, ou au contraire le prestige que confère une lecture dans leur groupe d’amis.
Dans son rapport, elle prend une précaution : le lien observé entre profession des parents et lecture est une régularité statistique, pas une loi. Beaucoup d’élèves de familles peu diplômées lisent énormément, et l’inverse est vrai aussi. Elle écrit que le milieu social « rend plus probable » certaines pratiques, sans jamais les déterminer entièrement.
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Repérez la question de départ et l’hypothèse formulée par la sociologue.
La question de départ est un étonnement devant un fait ; l’hypothèse est une réponse provisoire qui reste à vérifier.
Correction
Question de départ : pourquoi la proportion d’élèves qui lisent par plaisir varie-t-elle d’un lycée à l’autre ?
Hypothèse : cet écart s’expliquerait davantage par le milieu social des familles que par les établissements eux-mêmes.
Repérer cette distinction est essentiel : l’hypothèse n’est pas la conclusion de l’enquête, c’est ce qui sera soumis à l’épreuve des données.
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Relevez les deux méthodes employées et indiquez, pour chacune, le type de données produit.
Une méthode se caractérise par l’outil de recueil, le nombre de personnes concernées et la nature du matériau obtenu.
Correction
Le questionnaire, passé auprès d’un millier d’élèves, produit des données quantitatives : des réponses codées et chiffrées, traitées statistiquement, qui permettent de mesurer et de comparer des groupes.
Les entretiens, menés auprès d’une trentaine d’élèves, produisent des données qualitatives : des récits qui portent sur peu de personnes mais restituent le sens que les enquêtés donnent à leurs pratiques.
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Pourquoi la sociologue ne se contente-t-elle pas du questionnaire ?
Demandez-vous ce que les chiffres montrent et ce qu’ils laissent dans l’ombre.
Correction
Le questionnaire établit qu’il existe un lien entre la profession des parents et la fréquence de la lecture, mais il n’explique pas par quels mécanismes ce lien opère. Les entretiens font apparaître ces mécanismes concrets : les livres offerts à la maison, l’encouragement d’un professeur, le regard du groupe de pairs qui valorise ou dévalorise la lecture.
Les deux méthodes sont donc complémentaires : la première mesure l’ampleur du phénomène, la seconde en éclaire les raisons.
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Expliquez la phrase soulignée par la sociologue : le milieu social « rend plus probable » certaines pratiques.
Distinguez une régularité statistique, qui vaut en moyenne, d’une loi qui s’appliquerait à chaque individu.
Correction
La sociologue décrit une régularité statistique : en moyenne, les élèves issus de familles diplômées lisent plus souvent. Cela ne signifie pas que chaque élève de ce milieu lit, ni qu’aucun élève d’un autre milieu ne lit.
Le milieu social agit comme un ensemble de conditions — livres disponibles, habitudes familiales, encouragements — qui rendent la lecture plus accessible et plus valorisée, sans jamais l’imposer. C’est pourquoi le sociologue parle de probabilité et non de destin : les cas contraires ne réfutent pas la régularité, ils rappellent que d’autres influences interviennent.
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Cette enquête permet-elle d’affirmer que le milieu social cause la pratique de la lecture ? Justifiez.
Mobilisez la distinction entre corrélation et causalité, et demandez-vous ce qu’apportent les entretiens de ce point de vue.
Correction
Le questionnaire seul n’établit qu’une corrélation : deux variables varient ensemble. D’autres facteurs pourraient l’expliquer, comme le lycée fréquenté, le niveau de revenu ou le temps libre des élèves ; pour les écarter, il faudrait comparer des élèves semblables par ailleurs.
Les entretiens renforcent cependant l’hypothèse causale, car ils exhibent un mécanisme : on voit concrètement comment des livres offerts, des habitudes familiales et le regard des pairs conduisent à lire davantage. Identifier un mécanisme est justement ce qui distingue une causalité d’une simple coïncidence statistique.
La conclusion prudente est donc : le milieu social exerce vraisemblablement une influence causale, mais partielle, et l’enquête ne mesure pas l’effet propre de chacun des facteurs en jeu.