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Étude de document — Emplois détruits, emplois créés

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Lisez le tableau, puis répondez aux questions dans l'ordre.

Document — L'emploi salarié par secteur d'activité en France de 1989 à 2019 (en millions)

Secteur d'activité1989199920092019
Agriculture0,220,290,230,26
Industrie4,584,013,393,16
Construction1,401,221,491,42
Tertiaire marchand8,119,9311,3212,54
Tertiaire non marchand6,077,137,828,08
Source : Insee, Estimations d'emploi, in Insee Références, « Emploi, chômage, revenus du travail », édition 2020, fiche « Évolution de l'emploi ». · Champ : France hors Mayotte, personnes de 15 ans ou plus ; emploi salarié, en millions de personnes. · Lecture : En 2019, l'industrie employait 3,16 millions de salariés en France, contre 4,58 millions en 1989.
  1. Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 3,16 » du tableau.

    Précisez la source, l'année, le champ, l'unité et la grandeur mesurée. Les effectifs sont exprimés en millions.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon l'Insee, en 2019, 3,16 millions de personnes occupaient un emploi salarié dans l'industrie en France (hors Mayotte). »

    Attention à l'unité : la donnée « 3,16 » correspond à 3,16 millions de personnes, soit 3 160 000 emplois salariés, et non à 3,16 emplois ni à 3,16 %. Il s'agit d'un stock d'emplois à une date donnée, et non d'un flux d'emplois créés au cours de l'année.

  2. Calculez l'évolution de l'emploi salarié entre 1989 et 2019 dans l'industrie, puis dans le tertiaire marchand, en millions puis en pourcentage.

    Correction

    Industrie : 3,16 − 4,58 = − 1,42 million d'emplois salariés. En taux de variation : (3,16 − 4,58) / 4,58 × 100 ≈ − 31,0 %. L'industrie a donc perdu près d'un tiers de ses emplois salariés en trente ans.

    Tertiaire marchand : 12,54 − 8,11 = + 4,43 millions d'emplois salariés, soit (12,54 − 8,11) / 8,11 × 100 ≈ + 54,6 %.

    On peut prolonger le calcul sur l'ensemble du tableau : l'emploi salarié total passe de 20,38 millions en 1989 (0,22 + 4,58 + 1,40 + 8,11 + 6,07) à 25,46 millions en 2019 (0,26 + 3,16 + 1,42 + 12,54 + 8,08), soit + 5,08 millions, ou + 24,9 %. Les créations d'emplois l'emportent donc largement, en volume, sur les destructions.

  3. En quoi ce tableau illustre-t-il le processus de destruction créatrice décrit par Schumpeter ?

    Identifiez les secteurs qui reculent et ceux qui progressent, puis demandez-vous ce qui relie les uns aux autres.

    Correction

    Le tableau montre deux mouvements simultanés. D'un côté, une activité ancienne régresse continûment : l'industrie perd 0,57 million d'emplois salariés entre 1989 et 1999, encore 0,62 million entre 1999 et 2009, puis 0,23 million entre 2009 et 2019, soit − 1,42 million au total. De l'autre, le tertiaire marchand gagne + 4,43 millions d'emplois et le tertiaire non marchand + 2,01 millions sur la même période.

    Ces deux mouvements ne sont pas indépendants. Le progrès technique — automatisation, informatisation, robotisation — élève fortement la productivité dans l'industrie : celle-ci produit davantage avec moins de main-d'œuvre. Les gains de pouvoir d'achat qui en résultent, et l'externalisation d'un nombre croissant de fonctions (logistique, informatique, conseil, entretien), alimentent la demande de services. C'est exactement ce que Schumpeter appelle la destruction créatrice : l'innovation ne s'ajoute pas à l'existant, elle déplace les emplois d'un secteur vers un autre.

    Attention toutefois : le tableau raisonne en soldes sectoriels. Derrière un solde, il y a beaucoup plus d'emplois réellement détruits et créés, y compris à l'intérieur de chaque secteur.

  4. Un ouvrier de l'industrie de 55 ans dont l'emploi a été supprimé retrouvera-t-il facilement un emploi dans le tertiaire marchand ? Que révèle cette question sur les limites du raisonnement en solde global ?

    Pensez aux qualifications requises, à la localisation des emplois et à l'âge des travailleurs concernés.

    Correction

    Très probablement non. Une partie des emplois créés dans le tertiaire marchand — services informatiques, conseil, ingénierie — exigent des qualifications que cet ouvrier ne possède pas ; les autres, dans le commerce ou l'hébergement-restauration, sont souvent moins bien rémunérés et plus précaires que l'emploi industriel perdu. S'y ajoute une inadéquation géographique : les emplois de services se concentrent dans les grandes aires urbaines, alors que les fermetures d'usines frappent surtout d'anciens bassins industriels. Enfin, se reconvertir suppose une formation longue, dont le rendement est d'autant plus faible que la fin de carrière est proche.

    Cette question révèle la principale limite d'un raisonnement en solde global : un gain net de 5,08 millions d'emplois salariés entre 1989 et 2019 n'implique nullement que chaque travailleur dont l'emploi a disparu retrouve un poste équivalent. Les destructions sont concentrées sur des territoires, des âges et des niveaux de qualification précis, alors que les créations bénéficient à d'autres. Le coût social du processus est donc bien réel, même lorsque le bilan comptable est favorable.

  5. Quelles politiques publiques permettraient d'accompagner ce processus ? Citez-en deux et justifiez.

    Partez du diagnostic de la question précédente : c'est l'inadéquation entre emplois détruits et emplois créés qu'il s'agit de réduire.

    Correction

    Deux réponses attendues parmi les suivantes, chacune reliée au diagnostic :

    • La formation professionnelle et la reconversion. Puisque le problème vient de l'écart de qualification entre les emplois détruits et créés, financer la formation tout au long de la vie réduit directement cet écart et accélère le redéploiement des travailleurs.
    • L'indemnisation du chômage et l'accompagnement des transitions. Elle amortit la perte de revenu pendant la période de recherche et permet à la personne de viser un emploi correspondant à ses compétences plutôt que d'accepter n'importe quel poste dans l'urgence.
    • Les politiques de développement des territoires touchés, pour éviter que la destruction d'emplois ne se traduise par un déclin cumulatif de bassins d'emploi entiers.

    Le point commun de ces politiques est qu'elles cherchent à conserver les gains de la destruction créatrice tout en réduisant son coût social : il ne s'agit pas d'empêcher l'innovation, ce qui reviendrait à renoncer à la croissance.

Notions : destruction créatrice innovation progrès technique croissance économique

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