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Étude de document — Ce que la France consomme réellement en matières premières

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Lisez le tableau, puis répondez aux questions dans l’ordre.

Document — L'empreinte matières de la France en 2023 (en tonnes par habitant)

ComposanteTonnes par habitant
Minéraux non métalliques (sables, granulats, calcaires…)5,8
Biomasse (produits agricoles, bois)3,5
Combustibles fossiles1,9
Minerais métalliques1,0
Empreinte matières de la France en 202312,2
Pour mémoire : empreinte matières de la France en 200817,2
Pour mémoire : consommation intérieure apparente de matières en 202310,7
Pour mémoire : empreinte matières de l'Union européenne à 27 en 202313,7
Source : SDES, « L'empreinte matières de la France en 2023 : un indicateur de notre consommation effective de matières premières », juin 2026. · Champ : France. L'empreinte matières (RMC) mesure les matières premières mobilisées, en France comme à l'étranger, pour satisfaire la demande finale française ; la consommation intérieure apparente de matières (DMC) ne retient que l'extraction sur le territoire et les importations en poids de produits, sans les matières mobilisées à l'étranger pour les fabriquer. En 2023, l'empreinte matières de la France s'établit à 835 millions de tonnes, contre 1 102 millions de tonnes en 2008. · Lecture : En 2023, l'empreinte matières de la France atteint 12,2 tonnes par habitant, dont 5,8 tonnes de minéraux non métalliques.
  1. Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 3,5 » du tableau.

    Précisez la source, l'année, le champ, l'unité et la grandeur mesurée.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon le service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, en 2023, la biomasse représentait 3,5 tonnes par habitant de l'empreinte matières de la France. »

    Deux précautions :

    • l'unité est la tonne par habitant et par an, ce qui permet de comparer la France à l'Union européenne indépendamment de la taille de la population ;
    • la biomasse recouvre ici les produits agricoles, le bois et les autres matières d'origine vivante mobilisés pour satisfaire la demande finale française, y compris ceux qui ont été extraits à l'étranger.
  2. Vérifiez la cohérence du tableau : les quatre composantes correspondent-elles bien au total ? Calculez ensuite la part des minéraux non métalliques dans l'empreinte matières.

    Correction

    Vérification : 5,8 + 3,5 + 1,9 + 1,0 = 12,2 tonnes par habitant. Les quatre composantes reconstituent exactement le total.

    Part des minéraux non métalliques : 5,8 / 12,2 × 100 ≈ 47,5 %, soit près de la moitié de l'empreinte. Ce résultat surprend souvent : on associe spontanément la pression sur les ressources aux métaux rares ou au pétrole, alors que ce sont les sables, graviers et calcaires du secteur de la construction qui pèsent le plus lourd en tonnage. C'est une illustration directe des limites d'un indicateur exprimé en masse : une tonne de sable et une tonne de cuivre n'ont ni la même rareté, ni le même impact environnemental.

  3. Pourquoi l'empreinte matières (12,2 t/hab.) est-elle supérieure à la consommation intérieure apparente de matières (10,7 t/hab.) ? Que révèle cet écart sur la mesure des pressions environnementales d'un pays ?

    Demandez-vous ce que pèse un téléphone importé, et ce qu'il a fallu déplacer de roche à l'étranger pour le produire.

    Correction

    L'écart, soit 1,5 tonne par habitant, vient des matières mobilisées à l'étranger et jamais importées en France. La consommation intérieure apparente (DMC) compte l'extraction réalisée sur le territoire national, plus le poids des produits importés, moins celui des produits exportés. Elle ignore donc tout ce qu'il a fallu extraire ailleurs pour fabriquer ces importations : les milliers de tonnes de minerai remuées pour obtenir quelques kilos de métal, les stériles miniers, les résidus abandonnés sur place. L'empreinte matières (RMC) réintègre ces flux « cachés ».

    Ce que révèle cet écart : un pays qui importe des produits finis plutôt que de les fabriquer chez lui améliore mécaniquement ses indicateurs territoriaux sans que la pression mondiale sur les ressources ait diminué. Le raisonnement est exactement le même que pour les émissions de gaz à effet de serre : l'inventaire territorial baisse plus vite que l'empreinte, parce qu'une partie de la baisse correspond à un déplacement géographique de la production, et non à une réduction réelle des prélèvements. Juger de la soutenabilité d'une économie à partir de ses seuls indicateurs territoriaux revient donc à surestimer ses progrès.

  4. L'empreinte matières par habitant est passée de 17,2 à 12,2 tonnes entre 2008 et 2023. Calculez cette évolution, puis discutez : peut-on en conclure que la croissance française s'est « dématérialisée » ?

    Faites d'abord le calcul, puis cherchez au moins deux explications concurrentes à cette baisse — toutes ne relèvent pas du progrès technique.

    Correction

    Calcul : (12,2 − 17,2) / 17,2 × 100 ≈ − 29,1 %. L'empreinte matières par habitant a donc reculé de près de trois dixièmes en quinze ans.

    Ce que cela peut signifier — et qui irait dans le sens de la soutenabilité faible :

    • des gains d'efficacité matière : produire un même bien avec moins de matière, allonger sa durée de vie, recycler davantage ;
    • une déformation de la structure de l'économie vers les services, moins intensifs en matières que l'industrie lourde ou la construction.

    Ce qui doit conduire à la prudence :

    • une part importante de la baisse tient au repli de la construction après 2008, c'est-à-dire à une conjoncture déprimée bien plus qu'à une innovation : les minéraux non métalliques, principal poste de l'empreinte, en dépendent directement. Une reprise durable du bâtiment ferait remonter l'indicateur ;
    • l'indicateur est exprimé en masse, donc aveugle à la rareté et à la criticité : la substitution de matériaux abondants par de petites quantités de métaux stratégiques fait baisser l'empreinte tout en créant de nouvelles dépendances ;
    • l'empreinte française (12,2 t/hab.) reste inférieure à la moyenne européenne (13,7 t/hab.), mais elle demeure très supérieure à ce qu'un partage équitable des ressources mondiales permettrait à long terme.

    Conclusion attendue : on observe une baisse réelle et mesurée de l'intensité matière de l'économie française, ce qui prouve qu'un découplage est possible ; mais l'attribuer au seul progrès technique serait une erreur d'interprétation, et rien ne garantit que le mouvement se poursuive au rythme et à l'ampleur qu'exigerait une trajectoire soutenable. C'est très exactement l'objet du désaccord entre soutenabilité faible et soutenabilité forte.

Notions : capital naturel soutenabilité croissance économique empreinte

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Tout le chapitre : Sources et défis de la croissance