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Étude de document — Inventer ne suffit pas : le problème français est la diffusion

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Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l’ordre.

Document — Le retard de productivité français vient-il d'un défaut d'invention ou d'un défaut de diffusion ?

La croissance de la productivité ralentit en France depuis une vingtaine d'années, et le rattrapage engagé après la crise sanitaire n'a pas effacé le retard accumulé : en 2025, la productivité horaire du travail reste près de cinq points en dessous de la tendance qui prévalait avant la crise financière de 2008. Faut-il en conclure que les entreprises françaises innovent moins ?

Le Conseil national de productivité apporte une réponse nuancée à partir d'un panel de plus de 2,2 millions d'entreprises suivies entre 2000 et 2023. Les entreprises situées à la frontière technologique, c'est-à-dire les plus productives, continuent de progresser : elles dégagent une valeur ajoutée cinq fois plus élevée que les entreprises suiveuses, exportent sept fois plus, emploient deux fois plus de cadres et détiennent un stock d'actifs immatériels supérieur de 65 %. Le problème se situe ailleurs : leurs gains se transmettent mal au reste du tissu productif. Les écarts sont durables, puisque plus de 73 % des entreprises du décile le plus productif s'y maintiennent l'année suivante, tandis que 63 % de celles du décile inférieur restent parmi les moins productives. Les entreprises éloignées de la frontière progressent bien plus vite que les autres, mais sans jamais combler leur retard ; à dix ans, 47 % des entreprises ont disparu, et près de 70 % dans le décile le moins productif. L'ajustement passe donc davantage par la sortie des entreprises les moins performantes que par leur convergence.

La capacité d'absorption d'une entreprise — la qualification de ses salariés, sa propre activité de recherche, ses actifs immatériels — détermine largement sa vitesse de rattrapage. Le principal défi français relèverait ainsi moins d'un déficit d'innovation que d'un déficit de diffusion. Un autre résultat du rapport éclaire le rôle de l'État : sur un panel de pays de l'OCDE, une hausse de 10 % de la recherche publique entraîne une progression de 5 % à 6 % de la recherche privée — un effet d'entraînement, et non d'éviction.

D'après Conseil national de productivité, « Les nouveaux contours de la productivité française : diffusion de l'innovation, vieillissement et réarmement », sixième rapport, Haut-commissariat à la stratégie et au plan, juillet 2026.

Source : Conseil national de productivité, « Les nouveaux contours de la productivité française : diffusion de l'innovation, vieillissement et réarmement », sixième rapport, Haut-commissariat à la stratégie et au plan, juillet 2026. · Champ : France, panel de plus de 2,2 millions d'entreprises et 20 millions d'observations sur la période 2000-2023 ; l'estimation sur la recherche publique et privée porte sur un panel de pays de l'OCDE. Texte de synthèse rédigé d'après le rapport cité, dont sont issus tous les chiffres. · Lecture : Selon le Conseil national de productivité, les entreprises françaises situées à la frontière technologique dégagent une valeur ajoutée cinq fois plus élevée que les entreprises suiveuses.
  1. Qu'appelle-t-on une « entreprise à la frontière technologique » ? Relevez trois écarts chiffrés qui la séparent des entreprises suiveuses.

    Correction

    Une entreprise à la frontière technologique est une entreprise qui se situe parmi les plus productives de son secteur : elle emploie les techniques, les organisations et les compétences les plus avancées disponibles à un moment donné. Les entreprises suiveuses utilisent des méthodes moins efficaces et se situent donc en retrait de cette frontière.

    Trois écarts cités par le texte :

    • une valeur ajoutée cinq fois plus élevée ;
    • des exportations sept fois supérieures ;
    • deux fois plus de cadres employés, et un stock d'actifs immatériels supérieur de 65 %.

    Ces écarts ne sont pas indépendants : le capital humain qualifié et les actifs immatériels (logiciels, bases de données, marques, savoir-faire organisationnels) sont à la fois la cause et le produit de la position de frontière.

  2. Le texte oppose un « déficit d'innovation » et un « déficit de diffusion ». Expliquez la différence, et dites laquelle des deux hypothèses les données appuient.

    Demandez-vous si le problème vient de ce qui se passe au sommet de la distribution des entreprises, ou de ce qui se passe entre le sommet et le reste.

    Correction

    Un déficit d'innovation signifierait que la frontière technologique elle-même avance trop lentement : les entreprises les plus avancées cesseraient de progresser, faute de recherche, de talents ou de financement. Le ralentissement de la productivité viendrait alors du haut de la distribution.

    Un déficit de diffusion signifie au contraire que la frontière continue d'avancer, mais que les innovations ne se propagent pas au reste du tissu productif. Le ralentissement vient alors de l'écart croissant entre les entreprises les plus performantes et les autres.

    Les données appuient la seconde hypothèse. Le texte indique explicitement que les entreprises à la frontière « continuent de progresser », tandis que la persistance des positions est forte : plus de 73 % des entreprises du décile supérieur y restent d'une année sur l'autre, et 63 % de celles du décile inférieur demeurent parmi les moins productives. Les mécanismes de rattrapage existent — les entreprises éloignées de la frontière progressent plus vite — mais ils ne suffisent pas à combler l'écart.

  3. En quoi ce diagnostic prolonge-t-il les théories de la croissance endogène étudiées en cours ?

    Rappelez ce que ces théories disent de l'origine du progrès technique, puis observez ce que le texte ajoute sur les conditions de son appropriation.

    Correction

    Les théories de la croissance endogène affirment que le progrès technique n'est pas une donnée extérieure à l'économie mais le produit de décisions d'investissement : recherche-développement, capital humain, infrastructures publiques. Le texte s'inscrit exactement dans ce cadre — mais il en déplace le point d'application.

    Ce qu'il ajoute : produire une connaissance nouvelle ne suffit pas à ce que l'économie tout entière en bénéficie. Encore faut-il que les autres entreprises soient capables de l'absorber. Le texte nomme les déterminants de cette capacité d'absorption : la qualification des salariés, l'activité de recherche propre de l'entreprise, ses actifs immatériels. Autrement dit, le capital humain et l'investissement immatériel n'ont pas seulement un effet direct sur la production, ils conditionnent l'accès aux innovations produites par d'autres.

    C'est une reformulation de l'externalité positive de la connaissance : celle-ci ne se diffuse pas automatiquement et gratuitement, comme le supposait implicitement une lecture rapide des modèles de croissance endogène. Sa diffusion a un coût, et ce coût n'est pas le même pour toutes les entreprises. Les politiques publiques doivent donc soutenir non seulement la production de connaissances — par le financement de la recherche et le crédit d'impôt recherche — mais aussi les conditions de leur appropriation : formation, investissement immatériel, accompagnement des PME.

  4. « Une hausse de 10 % de la recherche publique entraîne une progression de 5 % à 6 % de la recherche privée. » Que démontre ce résultat, et quel argument permet-il d'écarter ?

    Correction

    Ce résultat démontre l'existence d'un effet de complémentarité entre recherche publique et recherche privée : loin de se substituer l'une à l'autre, elles se renforcent. La recherche publique produit des connaissances fondamentales, forme des chercheurs et finance des équipements que les entreprises peuvent ensuite mobiliser, ce qui augmente le rendement de leurs propres dépenses de recherche et les incite à investir davantage.

    L'argument écarté est celui de l'éviction. On soutient parfois que la dépense publique, en mobilisant des ressources rares — budgets, chercheurs, laboratoires —, se ferait mécaniquement au détriment de la dépense privée : un euro public chasserait un euro privé. Les données du rapport disent l'inverse : dix euros publics supplémentaires s'accompagnent de cinq à six euros privés supplémentaires.

    Portée de ce résultat pour le cours : il fournit une justification empirique à l'intervention de l'État défendue par les théories de la croissance endogène. L'État n'agit pas seulement sur le niveau conjoncturel de l'activité, il peut modifier durablement le rythme du progrès technique, donc le taux de croissance de long terme.

  5. Comment interpréter le fait que 47 % des entreprises disparaissent à l'horizon de dix ans, et près de 70 % dans le décile le moins productif ? Reliez ce constat à une notion du chapitre, puis discutez ce qu'il implique pour les politiques publiques.

    Cherchez la notion schumpetérienne qui décrit un processus où des entreprises disparaissent en même temps que d'autres se développent.

    Correction

    1. La notion mobilisée : la destruction créatrice. Ces taux de disparition très élevés, et fortement croissants à mesure que l'on descend dans la distribution des productivités, décrivent le mécanisme schumpétérien à l'échelle des entreprises. Les moins productives ne parviennent pas à adopter les techniques de la frontière ; elles perdent des parts de marché, puis disparaissent. Le travail et le capital qu'elles employaient sont réaffectés à des usages plus productifs. C'est cette réallocation qui élève la productivité globale des facteurs, donc la production totale à quantité de facteurs inchangée.

    2. Une nuance importante apportée par le texte. L'ajustement du tissu productif « repose davantage sur la sortie des entreprises les moins performantes que sur leur convergence vers la frontière ». La montée de la productivité passe donc surtout par la disparition des unités en retard, et non par leur modernisation. Ce n'est pas indifférent : la sortie d'entreprise détruit des emplois, du capital et des compétences accumulées, alors que la convergence les aurait préservés.

    3. Les implications pour les politiques publiques. Deux orientations, complémentaires plutôt que concurrentes :

    • Faciliter la réallocation plutôt que l'empêcher : indemnisation du chômage, formation professionnelle, accompagnement des reconversions et des territoires touchés. Protéger les entreprises non viables reviendrait à figer le tissu productif et à renoncer aux gains de productivité.
    • Augmenter la part de l'ajustement qui passe par la convergence : soutien à l'investissement immatériel et à la numérisation des PME, diffusion des bonnes pratiques d'organisation, élévation du niveau de qualification. C'est précisément la recommandation centrale du rapport, qui invite à compléter le soutien à la recherche par des actions sur les capacités d'absorption des entreprises.

    4. Une limite à mentionner. Toutes les disparitions d'entreprises ne relèvent pas de la destruction créatrice : cessations d'activité pour départ à la retraite, difficultés de trésorerie ponctuelles, chocs sectoriels. Le chiffre de 47 % ne mesure donc pas à lui seul l'intensité de l'innovation.

Notions : progrès technique productivité globale des facteurs croissance endogène destruction créatrice innovation

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