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Lecture de données — Croissance et émissions de gaz à effet de serre : y a-t-il découplage ?

Savoir-faireLecture de donnéesDifficile📄 Document sourcé20 min

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Document — Les émissions de gaz à effet de serre en France par secteur, en 1990 et en 2024 (en Mt CO₂ éq)

Secteur émetteur19902024
Transports124,7124,9
Agriculture et sylviculture93,176,0
Industrie manufacturière et construction140,362,4
Usage des bâtiments (résidentiel et tertiaire)93,057,1
Industrie de l'énergie78,933,2
Traitement centralisé des déchets16,715,7
Ensemble (hors UTCATF)546,6369,2
Source : SDES, Chiffres clés du climat – France, Europe et Monde, édition 2025, d'après Citepa, inventaire national au format Secten, 2025. · Champ : France au périmètre du protocole de Kyoto (métropole et outre-mer inclus dans l'Union européenne). Émissions de gaz à effet de serre hors UTCATF (utilisation des terres, changement d'affectation des terres et foresterie), exprimées en millions de tonnes équivalent CO₂. Les données 2024 sont une estimation préliminaire ; la somme des secteurs diffère du total d'un dixième de point du fait des arrondis. · Lecture : En 2024, les transports ont émis 124,9 Mt CO₂ éq en France : ils sont devenus le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre.
  1. De combien les émissions totales de gaz à effet de serre de la France ont-elles varié entre 1990 et 2024, en pourcentage ? (Arrondissez à deux décimales.)

    %

    Correction

    Réponse : -32.46 %

    (369,2 − 546,6) / 546,6 × 100 ≈ − 32,46 %. Les émissions françaises ont donc reculé d'environ un tiers en trente-quatre ans, alors même que la production nationale a augmenté sur la période.

  2. Quelle part les transports représentent-ils dans les émissions totales de 2024, en pourcentage ? (Arrondissez à deux décimales.)

    %

    Correction

    Réponse : 33.83 %

    124,9 / 369,2 × 100 ≈ 33,83 %. En 1990, la même part valait 124,7 / 546,6 ≈ 22,8 % : les transports n'ont pas augmenté leurs émissions, mais leur poids relatif a bondi parce que tous les autres secteurs ont baissé.

  3. De combien les émissions de l'industrie de l'énergie ont-elles varié entre 1990 et 2024, en pourcentage ? (Arrondissez à deux décimales.)

    %

    Correction

    Réponse : -57.92 %

    (33,2 − 78,9) / 78,9 × 100 ≈ − 57,92 %. C'est la baisse la plus forte du tableau, devant l'industrie manufacturière et la construction : (62,4 − 140,3) / 140,3 ≈ − 55,5 %.

  4. Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 140,3 » du tableau.

    Précisez la source, l'année, le champ géographique, l'unité et la grandeur mesurée. L'unité est le million de tonnes équivalent CO₂.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon le Citepa, en 1990, l'industrie manufacturière et la construction ont émis 140,3 millions de tonnes équivalent CO₂ en France (hors utilisation des terres et foresterie). »

    Deux précisions :

    • l'unité « équivalent CO₂ » signifie que les différents gaz à effet de serre — méthane, protoxyde d'azote, gaz fluorés — sont convertis en la quantité de dioxyde de carbone qui produirait le même effet sur le climat ; elle permet d'additionner des gaz de pouvoirs de réchauffement très différents ;
    • il s'agit d'émissions territoriales : celles qui sont produites sur le sol français, et non celles qui sont associées à la consommation des Français.
  5. Ces données prouvent-elles que la croissance économique française est devenue soutenable ? Répondez en distinguant découplage relatif et découplage absolu, puis exposez au moins deux limites de cette conclusion.

    Commencez par qualifier le mouvement observé, puis interrogez ce que le tableau ne mesure pas : d'autres gaz ? d'autres territoires ? d'autres pressions sur l'environnement ? Le rythme est-il suffisant ?

    Correction

    1. Ce que le tableau établit : un découplage absolu. Entre 1990 et 2024, les émissions territoriales de la France reculent de 32,5 %, passant de 546,6 à 369,2 Mt CO₂ éq, alors que la production nationale a augmenté sur la période. On ne se trouve donc pas dans un simple découplage relatif, où les émissions croîtraient moins vite que le PIB, mais dans un découplage absolu : les émissions baissent en niveau pendant que la richesse produite s'élève. C'est l'argument central des partisans de la soutenabilité faible : le progrès technique — efficacité énergétique, décarbonation de la production d'électricité, amélioration des procédés industriels — permettrait de poursuivre la croissance tout en réduisant la pression sur le climat.

    2. Quatre limites sérieuses.

    • Le périmètre. Le tableau ne retient que les émissions territoriales. Or une partie du recul industriel français correspond à des productions déplacées à l'étranger, dont les émissions sont désormais comptées ailleurs alors que les biens sont consommés en France. L'empreinte carbone, qui inclut les émissions importées, décroît nettement moins vite que l'inventaire territorial.
    • Le rythme. Une baisse d'un tiers en trente-quatre ans est très inférieure à ce qu'exige l'objectif de neutralité carbone en 2050. Le découplage observé est réel, mais son rythme devrait au moins doubler.
    • Les secteurs récalcitrants. Le progrès technique n'a pas produit ses effets partout : les émissions des transports sont pratiquement inchangées (124,7 en 1990, 124,9 en 2024), les gains d'efficacité des véhicules ayant été absorbés par la hausse des distances parcourues et l'alourdissement du parc. C'est un effet rebond caractéristique.
    • Les autres dimensions du capital naturel. Le climat n'est qu'une pression parmi d'autres : consommation de matières, artificialisation des sols, érosion de la biodiversité, pollution de l'eau ne sont pas mesurées ici. Un découplage sur une seule dimension ne prouve pas la soutenabilité de l'ensemble.

    3. Conclusion. Les données montrent qu'un découplage absolu est possible — ce que la soutenabilité forte ne nie pas —, mais elles ne montrent pas qu'il est suffisant, ni qu'il s'étend à toutes les pressions exercées sur l'environnement. C'est précisément sur ce point que porte le désaccord entre les deux conceptions de la soutenabilité.

Notions : soutenabilité capital naturel croissance économique progrès technique

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