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Lecture de données — Une structure sociale inscrite dans les territoires

Savoir-faireLecture de donnéesDifficile📄 Document sourcé20 min

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Document — Niveau de vie annuel et taux de pauvreté selon la catégorie de commune, en 2018

Catégorie de commune1er décile D1 (euros)Niveau de vie médian (euros)9e décile D9 (euros)Rapport interdécile D9/D1Taux de pauvreté (%)
Communes-centres des pôles des aires de 700 000 habitants ou plus10 12022 93052 6205,219,2
Couronnes des aires de 700 000 habitants ou plus13 30023 92041 6103,19,4
Communes hors attraction des pôles11 59020 41034 0802,914,7
Ensemble11 38021 65039 4303,515,1
Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2018 (« Niveau de vie et pauvreté par catégorie de commune »). · Champ : France métropolitaine, Martinique et La Réunion ; personnes vivant dans un ménage fiscal ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul. Le niveau de vie est le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation. Le taux de pauvreté est mesuré au seuil de 60 % du niveau de vie médian. · Lecture : En 2018, la moitié des habitants des couronnes des aires de 700 000 habitants ou plus dispose d'un niveau de vie annuel supérieur à 23 920 euros, contre 20 410 euros dans les communes hors attraction des pôles.
  1. Quel est le niveau de vie annuel médian dans les couronnes des aires de 700 000 habitants ou plus, en euros ?

    euros

    Correction

    Réponse : 23920 euros

    Lecture directe : 23 920 euros par an et par unité de consommation, soit environ 1 993 euros par mois. C'est le niveau de vie médian le plus élevé du tableau, supérieur de 2 270 euros à la médiane nationale (21 650 euros). Ces couronnes périurbaines concentrent des ménages d'actifs qualifiés qui travaillent dans les grandes villes sans y résider.

  2. Calculez le rapport interdécile D9/D1 dans les communes-centres des pôles des aires de 700 000 habitants ou plus. (Arrondissez à une décimale.)

    fois

    Correction

    Réponse : 5.2 fois

    52 620 / 10 120 = 5,20, soit environ 5,2 fois. Autrement dit, les 10 % les plus aisés de ces communes-centres disposent d'un niveau de vie au moins 5,2 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes. Ce rapport est nettement plus élevé que dans les couronnes (3,1), dans les communes hors attraction des pôles (2,9) et que la moyenne nationale (3,5) : c'est à l'intérieur des grandes villes-centres que les inégalités de niveau de vie sont les plus fortes, parce que les positions extrêmes de la structure sociale y cohabitent.

  3. Quel est l'écart, en points de pourcentage, entre le taux de pauvreté des communes-centres des grandes aires et celui de leurs couronnes ?

    points de pourcentage

    Correction

    Réponse : 9.8 points de pourcentage

    19,2 − 9,4 = 9,8 points de pourcentage. À quelques kilomètres de distance, dans la même aire d'attraction, le risque de pauvreté est plus de deux fois plus élevé (19,2 / 9,4 = 2,0). Ce contraste illustre la ségrégation résidentielle : les groupes sociaux ne se répartissent pas au hasard dans l'espace, et les frontières sociales se doublent de frontières géographiques.

  4. Rédigez la phrase de lecture correcte de la donnée « 34 080 » du tableau.

    Une phrase de lecture complète comporte la source, le champ, la date, l'unité et la grandeur mesurée. Attention à la définition d'un neuvième décile.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon l'Insee (dispositif Filosofi), en 2018, en France métropolitaine, en Martinique et à La Réunion, 90 % des habitants des communes situées hors de l'attraction des pôles disposaient d'un niveau de vie annuel inférieur à 34 080 euros — ou, ce qui revient au même, les 10 % les plus aisés de ces communes disposaient d'un niveau de vie supérieur à ce montant. »

    Les erreurs les plus fréquentes :

    • confondre le neuvième décile avec le niveau de vie moyen des 10 % les plus aisés : D9 est un seuil, pas une moyenne ;
    • oublier qu'il s'agit d'un niveau de vie et non d'un revenu : le revenu disponible du ménage est divisé par le nombre d'unités de consommation, afin de tenir compte de la taille du ménage et des économies d'échelle ;
    • rapporter la donnée à un individu isolé alors qu'elle décrit une position dans la distribution de tous les habitants de ces communes ;
    • omettre le champ, qui n'inclut ni la Guadeloupe, ni la Guyane, ni Mayotte.
  5. Ce document confirme-t-il ou infirme-t-il l'idée d'un « clivage entre les villes et les campagnes » ? Répondez en citant des chiffres, puis reliez votre réponse au débat sur la moyennisation.

    Comparez d'abord les médianes, puis les taux de pauvreté, puis les rapports interdéciles. Les trois indicateurs ne classent pas les territoires dans le même ordre.

    Correction

    Réponse attendue : le tableau invite à remplacer un clivage simple par une géographie plus complexe.

    Ce qui va dans le sens d'un clivage. Le niveau de vie médian est plus faible dans les communes hors attraction des pôles (20 410 euros) que dans les couronnes des grandes aires (23 920 euros) et que dans l'ensemble du pays (21 650 euros). Le neuvième décile y est très bas (34 080 euros contre 52 620 dans les communes-centres des grandes aires) : les hauts niveaux de vie y sont rares. Ces territoires sont donc à l'écart des positions sociales les plus favorisées.

    Ce qui contredit une lecture simpliste. Le taux de pauvreté y est de 14,7 %, soit moins que dans les communes-centres des grandes aires (19,2 %) et moins que la moyenne nationale (15,1 %). Le rapport interdécile y est le plus faible du tableau (2,9 contre 5,2 dans les communes-centres) : ce sont des territoires socialement plus homogènes, où les positions extrêmes sont peu représentées. La pauvreté la plus intense et les inégalités les plus fortes se trouvent donc dans les grandes villes-centres, là même où se concentrent les revenus les plus élevés. Enfin, la distinction ne passe pas entre « la ville » et « la campagne » mais à l'intérieur des aires urbaines : 9,4 % de pauvreté dans les couronnes contre 19,2 % dans les communes-centres de la même aire.

    Lien avec le débat sur la moyennisation. L'existence même d'écarts territoriaux durables affaiblit la thèse d'une société qui se serait homogénéisée : si les groupes sociaux partageaient réellement des conditions d'existence proches, ils ne se répartiraient pas ainsi dans l'espace. La ségrégation résidentielle inscrit les distances sociales dans le sol : elle produit des écoles, des services, des réseaux de relations et des expériences quotidiennes distincts, et entretient donc des socialisations séparées. Elle alimente aussi la lecture en termes de polarisation, puisque les grandes villes-centres apparaissent comme le lieu de la coexistence des extrêmes.

    Limites. Les données portent sur 2018 ; elles ne renseignent ni sur le patrimoine, ni sur le coût du logement, très supérieur dans les grandes aires, ce qui relativise l'avantage apparent de leurs habitants en termes de niveau de vie.

Notions : stratification sociale distance inter-classes polarisation lecture de données

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