Étude de document — Pourquoi « les crédits font les dépôts »
Lisez le texte puis répondez aux questions dans l'ordre.
Document — Un renversement de perspective sur la création monétaire
Pendant longtemps, les manuels ont enseigné la théorie dite des réserves fractionnaires : une banque n'aurait pu prêter qu'à partir des dépôts déjà collectés auprès d'autres clients, si bien que les dépôts précéderaient toujours les crédits. La Banque de France indique que cette description, qui a pu correspondre à la pratique de certains établissements par le passé, ne rend plus compte du fonctionnement actuel du système bancaire.
L'ordre est en réalité inverse : « les crédits font les dépôts ». Par un simple jeu d'écritures, la banque inscrit le montant prêté sur le compte de l'emprunteur, et ce dépôt nouveau vient gonfler la quantité de monnaie en circulation. Le mécanisme joue que l'emprunteur laisse les fonds dans sa banque ou les vire au client d'un autre établissement : dans ce second cas, la banque prêteuse doit simplement se procurer les liquidités correspondantes. Le point de départ n'est donc pas l'épargne disponible, mais le besoin de financement des agents économiques, c'est-à-dire leur demande de crédit. La création monétaire accompagne ainsi l'activité économique.
Cela ne signifie pas que les banques créent de la monnaie sans limite. La banque centrale, au service de son objectif de stabilité des prix, régule indirectement la quantité de monnaie en circulation en modifiant les conditions auxquelles elle refinance le secteur bancaire. La réglementation bancaire ajoute ses propres bornes : réserves obligatoires déposées à la banque centrale et proportionnelles aux dépôts de la clientèle, fonds propres proportionnels aux crédits accordés, procédures d'évaluation de la capacité de remboursement des emprunteurs.
D'après Banque de France, ABC de l'économie, « Comment est créée la monnaie ? », octobre 2023.
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Qu'affirme la théorie des réserves fractionnaires, et pourquoi le texte la juge-t-il dépassée ?
Reformulez d'abord l'ordre des opérations que suppose cette théorie, puis celui que décrit le texte.
Correction
Ce qu'elle affirme. Selon la théorie des réserves fractionnaires, une banque doit d'abord collecter des dépôts auprès de certains clients pour pouvoir ensuite prêter à d'autres. Les dépôts seraient donc un préalable au crédit : la banque ne serait qu'un intermédiaire qui transfère l'épargne des uns vers les emprunts des autres.
Pourquoi elle est dépassée. Le texte indique que cette description a pu correspondre à la pratique de certains établissements par le passé, mais qu'elle ne rend plus compte du fonctionnement actuel du système bancaire. Aujourd'hui, la banque n'a pas besoin de disposer des fonds au préalable : elle accorde le crédit par un jeu d'écritures qui inscrit simultanément une créance à son actif et un dépôt nouveau au passif. Ce dépôt n'a été prélevé sur aucun autre compte : c'est de la monnaie créée.
C'est pourquoi la formule s'inverse : ce ne sont pas les dépôts qui font les crédits, mais bien « les crédits qui font les dépôts ».
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Un lecteur objecte : « si l'emprunteur vire aussitôt la somme à un client d'une autre banque, la monnaie créée disparaît. » Que répond le texte, et pourquoi cette objection est-elle instructive ?
Distinguez ce qui arrive à la monnaie détenue par les agents non bancaires de ce qui arrive à la trésorerie de la banque prêteuse.
Correction
La réponse du texte. Le mécanisme de création monétaire joue de la même façon dans les deux cas. Que l'emprunteur laisse les fonds sur son compte ou qu'il les vire au client d'un autre établissement, la monnaie créée continue d'exister : elle a simplement changé de détenteur, et se trouve désormais sur le compte d'un client d'une autre banque. Du point de vue de l'ensemble des agents non bancaires, la quantité de monnaie détenue est inchangée par ce virement — elle a bien augmenté du montant du crédit au moment de son octroi.
Pourquoi l'objection est instructive. Parce qu'elle met le doigt sur la véritable contrainte. Si le dépôt reste dans la banque prêteuse, celle-ci n'a besoin de rien. S'il en sort, elle doit régler le solde à la banque destinataire, et elle ne peut le faire qu'en monnaie centrale : il lui faut alors se procurer ces liquidités, soit auprès des autres banques, soit auprès de la banque centrale, au prix qu'est le taux directeur.
On tient là le point essentiel : ce n'est pas le montant des dépôts déjà collectés qui limite le crédit, c'est le besoin de refinancement qui naît de la circulation de la monnaie créée.
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Le texte affirme que le point de départ de la création monétaire est la demande de crédit des agents économiques. Quelle conséquence cela a-t-il pour la politique monétaire ?
Demandez-vous si une banque centrale peut décider directement de la quantité de monnaie en circulation.
Correction
La conséquence est décisive : la banque centrale ne pilote pas directement la quantité de monnaie. Si la monnaie naît de la demande de crédit des ménages et des entreprises, alors personne ne peut décréter le niveau de la masse monétaire. La banque centrale ne peut agir que de manière indirecte, en jouant sur le prix du crédit plutôt que sur sa quantité : en modifiant les conditions auxquelles elle refinance les banques, elle rend le crédit plus ou moins coûteux, et infléchit ainsi la demande qui lui est adressée.
Deux implications suivent.
- La transmission est incertaine et lente. Une baisse des taux ne garantit pas la reprise du crédit si les ménages et les entreprises n'ont pas de projets : on peut abaisser le prix du crédit sans que personne n'emprunte. Plusieurs trimestres s'écoulent entre la décision et son plein effet sur les prix.
- La création monétaire accompagne l'activité économique, comme le dit le texte. Elle n'est donc pas nécessairement inflationniste : elle ne le devient que si la monnaie créée progresse durablement plus vite que la production de biens et de services.
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Distinguez les deux types de limites à la création monétaire présentés dans le dernier paragraphe, en précisant à chaque fois qui les fixe et sur quoi elles portent.
Le texte oppose une action de politique monétaire à un ensemble de règles prudentielles. Classez chaque limite dans la bonne catégorie.
Correction
Première limite : la politique monétaire. Elle relève de la banque centrale, au service de son objectif de stabilité des prix. Celle-ci régule indirectement la quantité de monnaie en circulation en modifiant les conditions auxquelles elle refinance le secteur bancaire. Cette limite porte donc sur le coût et la disponibilité de la monnaie centrale : elle agit sur la demande de crédit à travers les taux, et non par une interdiction.
Seconde limite : la réglementation bancaire. Elle relève du régulateur et impose des règles de prudence contraignantes, indépendantes de la conjoncture. Le texte en cite trois :
- les réserves obligatoires, que chaque banque doit détenir sur son compte à la banque centrale, proportionnellement aux dépôts de sa clientèle ;
- les fonds propres, qui doivent être proportionnels aux crédits accordés : accorder davantage de crédits oblige donc la banque à renforcer son capital ;
- les procédures d'évaluation des risques, qui l'obligent à apprécier la capacité de remboursement de chaque emprunteur et limitent ainsi les risques de défaut.
La distinction à retenir : la première limite est conjoncturelle et indirecte, elle passe par les prix ; la seconde est structurelle et contraignante, elle passe par des règles. Aucune des deux ne consiste à exiger que la banque collecte des dépôts avant de prêter — c'est précisément la confusion que le texte écarte.