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Étude de document — La consommation engagée à l’épreuve des faits

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Lisez le document, puis répondez aux questions dans l’ordre : elles vous conduisent du repérage vers l’interprétation.

Document — Quand les convictions écologiques ne se traduisent plus dans les achats

L’ADEME et le cabinet GreenFlex mesurent chaque année, depuis une vingtaine d’années, la place que les Français accordent à l’environnement dans leurs achats. L’édition 2025, réalisée en mars auprès d’un peu plus d’un millier de personnes, décrit un écart croissant entre les convictions affichées et les comportements déclarés.

Les convictions restent solides. Huit personnes sur dix estiment que la crise climatique oblige à revoir les modes de vie et de consommation, une proportion stable depuis plusieurs années, et deux sur trois disent percevoir le lien entre leurs propres achats et l’avenir de la planète. Plus de 85 % déclarent s’interroger sur le caractère indispensable d’un produit avant de l’acheter, et deux Français sur trois s’intéressent à des modèles de consommation alternatifs : réparation, livraison plus lente, précommande.

Les comportements déclarés, eux, reculent nettement. La part des personnes se disant très engagées dans une consommation responsable passe de 18 % en 2024 à 13 % en 2025. Celle qui déclare privilégier l’achat d’occasion tombe à 38 %, six points de moins qu’un an plus tôt. Celle qui dit chercher à convaincre son entourage recule de 26 % à 20 %.

Deux obstacles sont mis en avant. Plus d’un Français sur deux juge la consommation responsable trop coûteuse. Et seuls 45 % estiment disposer d’une information suffisante, de la part des marques et des médias, pour faire des choix éclairés. Chez les 18-24 ans, la nouveauté reste par ailleurs un déclencheur d’achat pour plus d’une personne sur deux.

Source : D’après ADEME et GreenFlex, Baromètre de la consommation responsable, édition 2025 (enquête réalisée en ligne par le CSA du 3 au 14 mars 2025 auprès de 1 004 personnes représentatives de la population de France métropolitaine âgée de 18 ans ou plus).
  1. Relevez deux indicateurs en recul entre 2024 et 2025 et calculez leur variation en points de pourcentage.

    Attention à l’unité : la soustraction de deux pourcentages donne des points, pas des pourcentages.

    Correction

    Réponses attendues (deux au choix) :

    • personnes se disant très engagées dans une consommation responsable : 13 − 18 = −5 points de pourcentage ;
    • personnes déclarant chercher à convaincre leur entourage : 20 − 26 = −6 points de pourcentage ;
    • personnes déclarant privilégier l’achat d’occasion : le document indique directement une baisse de 6 points, à 38 % en 2025.

    Erreur à éviter : écrire « −5 % » au lieu de « −5 points ». Le passage de 18 % à 13 % correspond bien à −5 points, mais à une baisse de (13 − 18) / 18 × 100 ≈ −27,8 % en variation relative. Les deux formulations décrivent la même évolution et ne sont pas interchangeables.

  2. Pourquoi la consommation engagée est-elle considérée comme une forme d’engagement politique ? En quoi diffère-t-elle de l’adhésion à un syndicat ?

    Reprenez la définition large de l’engagement politique, puis comparez les deux formes sur trois points : le coût, l’organisation, la durée.

    Correction

    Pourquoi c’est un engagement politique. Le programme retient une définition large : toute participation volontaire à la vie de la cité susceptible de peser sur les décisions collectives. Boycotter une marque, privilégier l’occasion ou refuser un produit jugé inutile, c’est utiliser un acte marchand pour exprimer une position et tenter de faire pression sur des entreprises. L’intention est bien politique, même si l’acte est individuel et privé.

    Trois différences avec l’adhésion syndicale :

    • le coût d’entrée est faible et immédiatement réversible : aucune cotisation, aucune inscription, aucune exposition publique. On peut cesser du jour au lendemain ;
    • il n’y a aucune organisation : pas d’adhésion, pas de réunion, pas de mandat, donc pas de rétributions symboliques ni d’incitations sélectives à distribuer ;
    • l’engagement est ponctuel et individualisé, alors que l’adhésion syndicale inscrit dans la durée et dans un collectif.

    C’est précisément cette facilité d’entrée qui explique que la consommation engagée soit très déclarée — et, comme le montre le document, très fragile.

  3. Le document montre un écart entre des convictions élevées et des comportements en recul. Expliquez cet écart à l’aide du paradoxe de l’action collective.

    Demandez-vous à qui profite l’effort d’un consommateur isolé, et ce que lui coûte cet effort.

    Correction

    Le raisonnement d’Olson s’applique presque terme à terme.

    1. L’objectif — limiter le réchauffement, réduire les pollutions — est un bien collectif parfait : personne ne peut en être exclu, et le bénéfice est le même pour celui qui a modifié ses achats et pour celui qui n’a rien changé.
    2. La contribution d’un consommateur isolé est infinitésimale au regard du résultat : renoncer à un achat ne modifie pas mesurablement les émissions mondiales.
    3. Le coût, lui, est immédiat et personnel : le document rappelle que plus d’un Français sur deux juge la consommation responsable trop coûteuse, et que l’information disponible est jugée insuffisante par une majorité, ce qui ajoute un coût de recherche.
    4. Chacun a donc intérêt à laisser les autres faire l’effort tout en profitant du résultat : c’est la position du passager clandestin. L’écart entre 80 % de personnes convaincues et 13 % de personnes très engagées ne traduit pas de l’hypocrisie, mais un calcul individuel parfaitement cohérent.

    Prolongement attendu. Le raisonnement suggère aussi la solution : pour surmonter ce blocage, il faut modifier le calcul individuel — par le prix, par la réglementation, par un affichage rendant l’information immédiate — ou passer par des organisations capables de coordonner l’action, comme le fait un appel au boycott.

  4. Quelles précautions faut-il prendre avant d’utiliser ces chiffres ? Citez au moins trois limites.

    Regardez la méthode de l’enquête indiquée sous le document, et interrogez la nature de ce qui est mesuré.

    Correction

    Trois limites au moins :

    • ce sont des déclarations, non des comportements observés. Un écart connu sépare ce que l’on dit faire de ce que l’on fait, d’autant plus grand que la réponse est socialement valorisée — c’est typiquement le cas ici ;
    • l’échantillon compte 1 004 personnes : les écarts de un ou deux points ne sont pas significatifs, seules les évolutions de plusieurs points peuvent être commentées ;
    • le champ est limité à la France métropolitaine et aux 18 ans ou plus : les mineurs, dont on sait qu’ils sont particulièrement sensibles aux enjeux climatiques, en sont exclus ;
    • l’enquête est réalisée en ligne, ce qui suppose un accès et un usage d’internet ;
    • la formulation « se dire très engagé » est subjective : rien n’assure qu’elle recouvre le même contenu en 2024 et en 2025 ;
    • enfin, le contexte économique — l’inflation des années précédentes — pèse sur les arbitrages budgétaires : le recul peut refléter une contrainte de revenu plutôt qu’un désengagement.
  5. Ce recul signifie-t-il que les Français se désengagent des enjeux environnementaux ? Nuancez.

    Distinguez les formes d’engagement les unes des autres, et souvenez-vous que la consommation engagée n’en est qu’une.

    Correction

    Réponse attendue : non, et la conclusion serait doublement hâtive.

    D’abord parce que le document lui-même se contredit en apparence. Les convictions restent élevées et stables : huit personnes sur dix jugent nécessaire de changer les modes de vie, plus de 85 % s’interrogent sur l’utilité d’un achat, deux sur trois s’intéressent à des modèles alternatifs. Ce qui recule, ce sont des pratiques d’achat précises, pas l’adhésion à l’objectif.

    Ensuite parce que la consommation engagée n’est qu’une forme d’engagement parmi d’autres. Un recul des achats d’occasion ne dit rien du vote, de l’adhésion à une association environnementale, de la signature de pétitions ou de la participation à des manifestations, qui relèvent d’autres répertoires d’action.

    Enfin parce que les obstacles signalés sont matériels, non idéologiques. Le coût perçu et le manque d’information sont des barrières à l’action, pas des changements de conviction. Le document décrit donc moins un désengagement qu’un essoufflement : l’écart classique entre l’intention et l’acte, que l’analyse en termes de bien collectif permet précisément de comprendre.

Notions : engagement politique action collective passager clandestin nouveaux enjeux de mobilisation

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Tout le chapitre : L'engagement politique