Aller au contenu

Étude de document — Le numérique renouvelle-t-il les formes d’engagement ?

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Lisez le document, puis répondez aux questions dans l’ordre : elles vous conduisent du repérage vers l’interprétation.

Document — Les civic tech tiennent-elles leurs promesses ?

En janvier 2017, France Stratégie réunissait chercheurs et praticiens autour d’une question : les outils numériques transforment-ils la participation citoyenne ? Le débat portait sur les civic tech, c’est-à-dire l’ensemble des initiatives publiques, associatives, militantes ou marchandes qui utilisent le numérique pour renforcer l’engagement des citoyens et le contrôle des gouvernants.

Ces initiatives couvrent des usages très différents. Les institutions ouvrent des portails de données publiques, des boîtes à idées, des panels de citoyens, parfois des dispositifs de codécision comme les budgets participatifs. Des acteurs privés ou associatifs proposent de signaler un problème local à l’administration compétente, de suivre la présence et les votes de son député, ou de contrôler la dépense publique. Des collectifs militants revendiquent une logique de contre-pouvoir. Et surtout se sont développées les pétitions en ligne : l’une d’elles, dirigée contre un projet de loi sur le travail, a rassemblé 1,3 million de signatures.

Les intervenants invitent cependant à la prudence. Première promesse discutée : donner la parole à ceux qui en sont privés. Les travaux disponibles suggèrent au contraire que ces plateformes sont surtout investies par des publics déjà politisés, ce qui laisse intactes les inégalités de participation. Seconde promesse : le pouvoir de décider. À Paris, le budget participatif ne porte que sur 5 % du budget d’investissement de la ville et exclut les projets entraînant des frais de fonctionnement ; en Islande, une constitution élaborée en ligne et approuvée par référendum en 2012 a été rejetée par le Parlement l’année suivante.

La conclusion du débat est nuancée : le numérique élargit le répertoire d’action disponible, mais « la démocratie n’est pas un marché comme les autres » et ses difficultés ne se règlent pas en trois clics.

Source : D’après France Stratégie, « Le numérique transforme-t-il la participation citoyenne ? », compte rendu du débat du cycle Mutations sociales, mutations technologiques, janvier 2017.
  1. Relevez et classez les formes de participation citoyenne rendues possibles par le numérique, selon qu’elles relèvent de l’information, de la consultation, du contrôle des élus ou de la protestation.

    Reprenez le deuxième paragraphe et attribuez chaque exemple à une catégorie.

    Correction

    Classement attendu :

    • Information : les portails de données publiques ouverts par les institutions, qui donnent accès à l’information sans demander de participation en retour.
    • Consultation et codécision : boîtes à idées, panels citoyens, budgets participatifs. Le citoyen est invité à émettre un avis, voire à trancher sur un périmètre délimité.
    • Contrôle des élus et de l’action publique : plateformes permettant de suivre la présence et les votes d’un député ou de surveiller la dépense publique, mais aussi de signaler un problème local à l’administration compétente.
    • Protestation : les pétitions en ligne et les plateformes militantes revendiquant une logique de contre-pouvoir.

    Remarque de méthode : ces catégories ne se distinguent pas par l’outil, qui est le même, mais par le degré de pouvoir laissé au citoyen — de la simple prise de connaissance jusqu’à la décision partagée.

  2. La pétition en ligne citée dans le document a rassemblé 1,3 million de signatures. Pourquoi ce chiffre ne se laisse-t-il pas comparer directement au nombre d’adhérents d’un syndicat ?

    Comparez ce que coûte chacun des deux actes à celui qui l’accomplit.

    Correction

    Réponse attendue : les deux chiffres ne mesurent pas la même chose parce que les deux actes n’ont pas le même coût.

    • Signer une pétition en ligne demande quelques secondes, aucun argent, aucune exposition publique, aucun engagement dans la durée. Le coût est quasi nul, ce qui explique qu’un très grand nombre puisse être atteint.
    • Adhérer à un syndicat suppose une cotisation, une inscription durable, la participation à des réunions et, souvent, une prise de risque vis-à-vis de l’employeur.

    Conséquence. Un million de signatures ne signale pas un million de militants : il signale un million de personnes qui approuvent, à un instant donné, une position dont l’expression ne leur coûte presque rien. C’est d’ailleurs le raisonnement d’Olson qui l’éclaire : plus le coût de la participation baisse, moins le comportement de passager clandestin est tentant, et plus la mobilisation est large — mais aussi plus elle est superficielle et volatile.

  3. Le document affirme que ces plateformes sont surtout investies par des publics déjà politisés. Quelle variable explicative de l’engagement vue en cours ce constat confirme-t-il ?

    Souvenez-vous de ce que le diplôme et les ressources apportent à la participation politique.

    Correction

    Réponse attendue : ce constat confirme le rôle des ressources, en particulier scolaires et culturelles.

    On pouvait attendre du numérique qu’il abaisse le coût d’entrée et efface les inégalités de participation : puisque signer, commenter ou proposer ne demande plus de se déplacer ni de prendre la parole en public, chacun devrait pouvoir le faire. Or ce n’est pas ce que l’on observe.

    La raison est que le coût véritable n’était pas seulement matériel. Participer suppose de savoir qu’une consultation existe, de comprendre un dossier, de formuler une position, de se juger légitime à intervenir. Ces compétences restent inégalement distribuées, et le numérique ne les fournit pas. Il abaisse le coût du geste, non celui de la compétence.

    Conclusion attendue : le numérique modifie le répertoire d’action — les formes que prend l’engagement — bien plus que sa distribution sociale. Il ajoute des outils à ceux qui participaient déjà.

  4. En quoi les exemples du budget participatif parisien et de la constitution islandaise nuancent-ils la promesse d’un pouvoir accru des citoyens ?

    Dans les deux cas, demandez-vous qui garde le dernier mot, et sur quel périmètre.

    Correction

    Réponse attendue : les deux exemples montrent que la participation peut être réelle sans que le pouvoir de décision le soit.

    • Le budget participatif parisien. Les habitants votent effectivement, mais sur 5 % seulement du budget d’investissement, et à l’exclusion des projets entraînant des frais de fonctionnement. Le périmètre de la décision est donc fixé en amont par l’institution : on décide vraiment, mais sur ce que l’on a bien voulu soumettre.
    • La constitution islandaise. Le texte a été élaboré en ligne et approuvé par référendum en 2012, puis rejeté par le Parlement l’année suivante. La participation a été maximale, son effet nul : l’institution représentative a gardé le dernier mot.

    Ce que cela enseigne. Le risque est celui d’une participation qui légitime la décision sans l’influencer. La question décisive n’est donc pas « les citoyens participent-ils ? » mais « qui fixe le périmètre de ce sur quoi ils participent, et qui tranche à la fin ? ».

  5. Ces nouvelles formes de participation remplacent-elles le militantisme organisé ? Rédigez une réponse argumentée en une dizaine de lignes.

    Reprenez ce que chaque forme permet et ce qu’elle ne permet pas : durée, ressources, capacité de négociation.

    Correction

    Réponse attendue : elles s’ajoutent au militantisme organisé plus qu’elles ne le remplacent.

    Ce que les formes numériques apportent. Elles élargissent le répertoire d’action : pétitions, interpellation d’élus, consultations, contrôle de la dépense publique. Elles abaissent le coût d’entrée et permettent de mobiliser très vite et très largement — 1,3 million de signatures pour une seule pétition. Elles rendent possible une visibilité que peu d’organisations pouvaient obtenir seules.

    Ce qu’elles ne remplacent pas.

    • La durée : un clic ne construit pas un rapport de force qui s’inscrit dans le temps. Or les résultats d’une mobilisation s’obtiennent rarement en une fois.
    • La négociation : signer une pétition ne donne aucun interlocuteur. Négocier un accord, siéger dans une instance, engager un recours suppose une organisation permanente, dotée de moyens et de représentants mandatés.
    • Les rétributions symboliques et les incitations sélectives : sans adhésion ni collectif durable, l’organisation n’a rien à distribuer qui fidélise les participants.

    Conclusion. Les mobilisations contemporaines articulent le plus souvent les deux registres : un collectif organisé, capable de durer et de négocier, s’appuie sur des outils numériques pour élargir son audience et peser sur l’agenda médiatique. Le numérique déplace donc les formes de l’engagement sans supprimer la fonction que remplissent les organisations.

Notions : engagement politique action collective mouvement social nouveaux enjeux de mobilisation

Autres exercices du chapitre

Tout le chapitre : L'engagement politique