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Étude de document — Un même taux pour deux conjonctures

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document20 min

Lisez le document, puis répondez aux questions dans l’ordre.

Document — La zone Éolia face à la divergence de ses membres

La zone Éolia réunit huit pays qui partagent une même monnaie et une même banque centrale. En Nordia, l’économie tourne à plein régime : les carnets de commandes sont pleins, les salaires progressent vite et les prix augmentent de 4 % par an. En Suria, l’activité stagne depuis trois ans, le chômage atteint 13 % de la population active et les prix n’augmentent que de 0,5 % par an.

La banque centrale de la zone a pour mandat principal de maintenir l’inflation de l’ensemble de la zone à 2 %. Constatant une inflation moyenne de 2,8 %, elle relève son taux directeur d’un point.

À Nordia, la décision est bien accueillie : le crédit se renchérit, la demande ralentit et la hausse des prix se modère. À Suria, elle est vivement critiquée : les entreprises déjà fragiles renoncent à investir et les défaillances se multiplient. Le gouvernement de Suria souhaiterait soutenir la demande par la dépense publique, mais sa dette publique atteint déjà 130 % du PIB et les règles communes lui imposent de ramener son déficit sous 3 % du PIB dans les deux ans.

Le gouvernement de Suria propose alors un plan d’investissement financé en commun par les huit pays. Nordia s’y oppose : elle juge qu’un tel plan reviendrait à faire payer par ses contribuables les imprudences budgétaires passées de son voisin, et qu’il découragerait toute discipline future.

Source : Situation fictive construite pour l’exercice.
  1. Relevez dans le document trois indicateurs montrant que les conjonctures de Nordia et de Suria divergent.

    Cherchez les grandeurs chiffrées et classez-les par pays.

    Correction

    Trois indicateurs au moins peuvent être relevés :

    • l’inflation : 4 % par an à Nordia contre 0,5 % à Suria ;
    • l’activité : une économie qui « tourne à plein régime » avec des carnets de commandes pleins à Nordia, une activité qui « stagne depuis trois ans » à Suria ;
    • le chômage : 13 % de la population active à Suria, aucun problème d’emploi signalé à Nordia.

    On peut ajouter la dynamique des salaires, qui « progressent vite » dans le premier pays seulement.

  2. Pourquoi la banque centrale relève-t-elle son taux directeur ? Expliquez le mécanisme par lequel cette décision doit agir sur les prix.

    Partez du mandat de la banque centrale, puis suivez la chaîne de transmission jusqu’aux prix.

    Correction

    La banque centrale agit conformément à son mandat : l’inflation moyenne de la zone atteint 2,8 %, contre une cible de 2 %. Elle réagit donc à la moyenne de la zone, et non à la situation particulière de tel ou tel pays.

    Le mécanisme est indirect. En relevant son taux directeur, elle renchérit le refinancement des banques commerciales auprès d’elle. Ces banques répercutent la hausse sur les taux des crédits accordés aux ménages et aux entreprises. Le crédit devenant plus coûteux, les achats de logements, les projets d’investissement et la consommation à crédit sont différés. La demande globale ralentit, les entreprises ne parviennent plus à augmenter leurs prix aussi facilement, et l’inflation reflue.

    La banque centrale n’agit donc jamais directement sur les prix : elle agit sur la demande, ce qui explique à la fois le délai de plusieurs trimestres et le coût de l’opération en termes d’activité.

  3. Montrez que cette politique monétaire unique est inadaptée à la situation de Suria.

    Demandez-vous de quoi une économie qui stagne, avec 13 % de chômage et 0,5 % d’inflation, aurait besoin.

    Correction

    Avec une inflation de seulement 0,5 % et un chômage de 13 %, Suria ne souffre d’aucune surchauffe : son problème est l’insuffisance de la demande. Une politique monétaire adaptée consisterait donc à abaisser les taux pour relancer le crédit et l’investissement.

    La décision de la banque centrale va exactement en sens inverse : la hausse d’un point renchérit le crédit dans un pays où les entreprises sont déjà fragiles, ce qui les conduit à renoncer à investir et multiplie les défaillances. Le chômage risque donc de s’aggraver.

    Ce cas illustre la difficulté centrale d’une union monétaire hétérogène : un taux unique, fixé sur la moyenne, est nécessairement trop élevé pour les pays en récession et trop bas pour les pays en surchauffe. Il n’est optimal pour personne. C’est précisément ce que souligne la théorie des zones monétaires optimales, qui insiste sur la nécessité de mécanismes d’ajustement de substitution — mobilité du travail, flexibilité des prix, transferts budgétaires — dès lors que le taux de change a disparu.

  4. Quelles contraintes empêchent Suria d’utiliser sa politique budgétaire pour compenser ?

    Le document mentionne une contrainte de fait et une contrainte de règle : distinguez-les.

    Correction

    Deux contraintes se cumulent.

    La première est économique : la dette publique de Suria atteint déjà 130 % du PIB. Emprunter davantage suppose de trouver des prêteurs, qui exigeront des taux d’autant plus élevés qu’ils doutent de la soutenabilité de cette trajectoire. La charge d’intérêts s’alourdirait, ce qui creuserait le déficit indépendamment de toute nouvelle dépense : c’est l’effet « boule de neige ».

    La seconde est institutionnelle : les règles communes imposent de ramener le déficit sous 3 % du PIB dans les deux ans. Suria devrait donc réduire ses dépenses ou augmenter ses impôts, c’est-à-dire mener une politique de rigueur, alors même que son économie stagne.

    Suria se trouve ainsi privée de ses deux instruments : la politique monétaire, transférée à la banque centrale commune, et la politique budgétaire, verrouillée par sa dette et par les règles européennes. Elle a de surcroît perdu l’arme du taux de change, puisqu’elle ne peut plus dévaluer.

  5. En quoi le désaccord entre Suria et Nordia illustre-t-il le problème de la coordination des politiques économiques européennes ?

    Reprenez l’argument de chacun des deux gouvernements et demandez-vous s’il est recevable.

    Correction

    Le désaccord oppose deux arguments également défendables.

    Suria plaide pour la solidarité : puisque la politique monétaire commune l’a pénalisée et que ses propres marges budgétaires sont épuisées, seul un plan financé en commun peut soutenir son activité. L’argument est renforcé par le fait qu’une récession prolongée à Suria finirait par affecter Nordia, dont les entreprises y exportent.

    Nordia oppose le risque d’aléa moral : si les dettes imprudentes finissent toujours par être partagées, plus aucun État n’a intérêt à tenir ses comptes. C’est exactement le raisonnement qui fonde les règles budgétaires communes : dans une union monétaire, la difficulté d’un membre se transmet aux autres, ce qui justifie de surveiller la discipline de chacun.

    Le document illustre donc l’asymétrie fondatrice de l’union monétaire : une politique monétaire unique face à des politiques budgétaires nationales. En l’absence d’un budget commun de taille significative, la coordination repose sur la négociation entre gouvernements, dont chacun raisonne d’abord en fonction de son propre électorat. Une bonne réponse conclut que ce défaut de coordination est structurel, et non conjoncturel : il tient à l’architecture même de la zone.

Notions : politique monétaire taux directeur politique budgétaire dette publique coordination zone monétaire optimale

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Tout le chapitre : Politiques économiques européennes