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Étude de document — Un monde ouvrier resté masculin

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document sourcé20 min

Étudiez le tableau, puis répondez aux questions dans l’ordre : elles vont du repérage vers l’interprétation.

Document — Part des femmes parmi les ouvriers, selon la catégorie d’ouvriers, en 2019 (en %)

CatégoriePart des femmes (%)
Ouvriers non qualifiés de type artisanal37,7
Ouvriers non qualifiés de type industriel31,4
Ouvriers agricoles25,8
Ouvriers qualifiés de type industriel16,9
Ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport16,2
Ouvriers qualifiés de type artisanal10,7
Chauffeurs9,3
Ensemble des ouvriers20,0
Ensemble des personnes en emploi48,5
Source : Insee, enquête Emploi 2019 (Insee Focus n° 199, « Les ouvriers : des professions toujours largement masculines », figure 3a). · Champ : France hors Mayotte, population des ménages, personnes en emploi en 2019. · Lecture : En 2019, 9,3 % des chauffeurs sont des femmes, alors que les femmes représentent 48,5 % de l’ensemble des personnes en emploi.
  1. Relevez les deux catégories d’ouvriers les plus féminisées et les deux moins féminisées, et calculez l’écart entre les valeurs extrêmes.

    Correction

    Les deux catégories les plus féminisées sont les ouvriers non qualifiés de type artisanal (37,7 % de femmes) et les ouvriers non qualifiés de type industriel (31,4 %). Les deux moins féminisées sont les chauffeurs (9,3 %) et les ouvriers qualifiés de type artisanal (10,7 %).

    L’écart entre les valeurs extrêmes est de 37,7 − 9,3 = 28,4 points de pourcentage.

    Aucune catégorie n’atteint la part des femmes dans l’ensemble des personnes en emploi (48,5 %) : la sous-représentation est générale, mais son intensité varie fortement d’un métier à l’autre.

  2. Que remarque-t-on lorsqu’on compare les catégories d’ouvriers qualifiés et non qualifiés ? Formulez une hypothèse.

    Comparez ligne à ligne les couples « qualifié » / « non qualifié » de même type.

    Correction

    Dans les deux cas où la comparaison est possible, la part des femmes est nettement plus élevée chez les ouvriers non qualifiés que chez les ouvriers qualifiés : 31,4 % contre 16,9 % pour le type industriel, 37,7 % contre 10,7 % pour le type artisanal.

    Hypothèse : les femmes qui travaillent comme ouvrières occupent plus souvent les postes les moins qualifiés, donc les moins rémunérés et les plus précaires. Deux mécanismes peuvent être avancés : les formations professionnelles industrielles et artisanales qualifiantes (mécanique, électricité, bâtiment) accueillent très peu de filles ; et les emplois non qualifiés de nettoyage, de conditionnement ou d’agroalimentaire prolongent des compétences socialement associées au travail domestique féminin.

    Une bonne réponse formule une hypothèse et indique comment on pourrait la vérifier — par exemple en observant la part des filles dans les spécialités de CAP et de baccalauréat professionnel.

  3. Un élève conclut : « les femmes n’ont pas la force physique nécessaire, c’est pour cela qu’elles sont peu nombreuses dans ces métiers ». Discutez cette affirmation à partir du document.

    Cherchez dans le tableau ce qui contredit une explication par la force physique.

    Correction

    Le tableau contredit cette explication sur deux points.

    D’abord, l’explication par la force physique ne rend pas compte du classement observé. Les ouvriers non qualifiés de type artisanal ou industriel occupent souvent des postes physiquement éprouvants (nettoyage, manutention légère répétée, conditionnement) et comptent pourtant le plus de femmes (37,7 % et 31,4 %), alors que le métier de chauffeur, qui exige peu d’effort physique, n’en compte que 9,3 %.

    Ensuite, l’argument naturalise une régularité sociale. Il transforme un résultat — la rareté des femmes — en cause, sans expliquer pourquoi les filles ne s’orientent presque pas vers les formations correspondantes, ni pourquoi la composition de ces métiers varie dans le temps et selon les pays.

    L’explication sociologique passe par la socialisation différenciée : dès l’enfance, l’usage du corps, le rapport aux machines, aux outils et au risque sont inégalement transmis aux garçons et aux filles. Ces dispositions incorporées — l’habitus — rendent certains métiers « évidents » pour les uns et impensables pour les autres, bien avant tout arbitrage entre compétences.

  4. Ce document et un tableau montrant que 75,3 % des employés sont des femmes décrivent-ils le même phénomène ? Justifiez.

    Correction

    Oui : ce sont les deux faces d’un même phénomène, la ségrégation professionnelle entre les sexes.

    Les femmes ne sont pas réparties au hasard entre les métiers : elles sont sur-représentées dans les emplois de service, de soin et de bureau (75,3 % des employés) et sous-représentées dans les métiers industriels, artisanaux et du transport (20,0 % des ouvriers), alors qu’elles forment 48,5 % des personnes en emploi.

    Ces deux groupes appartenant à des positions sociales comparables, l’opposition ne peut pas s’expliquer par le niveau de diplôme ou par la hiérarchie sociale : elle tient au contenu genré de la socialisation. Le milieu social oriente vers un niveau de qualification ; le genre oriente, à qualification donnée, vers un univers professionnel plutôt qu’un autre. C’est pourquoi le chapitre insiste sur le croisement des deux dimensions, milieu social et genre.

Notions : socialisation différenciée genre milieu social habitus

Autres exercices du chapitre

Tout le chapitre : Socialisation et comportements