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Étude de document — Lire ou regarder un écran : des pratiques héritées

Étude de documentÉtude de documentIntermédiaire📄 Document sourcé20 min

Lisez le document, puis répondez aux questions dans l’ordre : elles vont du repérage vers l’interprétation.

Document — La lecture recule chez les jeunes, les écrans progressent

En 2024, la quatrième édition d’une grande enquête sur les jeunes Français de 7 à 19 ans confirme le recul de la lecture de loisir. Les jeunes interrogés déclarent lire dix-neuf minutes par jour, quatre de moins qu’en 2022, soit un peu plus de deux heures par semaine ; dans le même temps, ils passent en moyenne trois heures et onze minutes par jour devant un écran, dix fois plus.

Les écarts se creusent avec l’âge. Le temps quotidien passé devant les écrans va de deux heures et trois minutes chez les 7-12 ans à cinq heures et dix minutes chez les 16-19 ans, tandis que le temps de lecture tombe à douze minutes dans cette dernière tranche d’âge. Un jeune sur cinq déclare ne jamais lire pendant ses loisirs ; c’est le cas d’un sur trois parmi les 16-19 ans, contre 7 % des 7-12 ans.

Le sexe pèse également. À 16-19 ans, 74 % des filles disent lire pendant leurs loisirs, contre seulement 50 % des garçons — une proportion en recul de quinze points en deux ans chez ces derniers.

L’enquête souligne enfin le rôle de la famille. Neuf jeunes sur dix se souviennent que leurs parents leur lisaient des livres quand ils étaient petits. Plus de la moitié des lecteurs suivent des conseils de lecture venus de leurs proches, plus souvent de la mère (38 %) que du père (23 %) ; de fait, 78 % des mères se déclarent lectrices, contre 52 % des pères.

D’après le ministère de la Culture, présentation des résultats de l’étude Centre national du livre – Ipsos « Les jeunes Français et la lecture », 2024.

Source : Synthèse rédigée d’après le ministère de la Culture, « La lecture en perte de vitesse chez les jeunes », présentation des résultats de l’étude Centre national du livre – Ipsos « Les jeunes Français et la lecture », 4e édition, 2024. · Champ : France, jeunes âgés de 7 à 19 ans interrogés en 2024.
  1. Relevez les chiffres qui montrent que la lecture et les écrans n’occupent pas la même place dans le temps des jeunes.

    Correction

    Les jeunes de 7 à 19 ans déclarent lire 19 minutes par jour (soit 2 h 11 par semaine) et passer 3 h 11 par jour devant un écran, soit environ dix fois plus de temps.

    L’écart s’accentue avec l’âge : chez les 16-19 ans, le temps de lecture tombe à 12 minutes par jour tandis que le temps d’écran atteint 5 h 10, contre 2 h 03 chez les 7-12 ans.

    Enfin, un jeune sur cinq ne lit jamais pendant ses loisirs, et un sur trois chez les 16-19 ans, contre 7 % des 7-12 ans.

  2. En quoi les chiffres concernant les filles et les garçons relèvent-ils d’une socialisation différenciée selon le genre ?

    Comparez les deux proportions, puis demandez-vous ce qui, dans l’éducation, peut associer la lecture à un sexe plutôt qu’à l’autre.

    Correction

    À 16-19 ans, 74 % des filles déclarent lire pendant leurs loisirs contre 50 % des garçons, soit 24 points d’écart, et le recul est particulièrement fort chez les garçons (− 15 points en deux ans).

    Cet écart ne renvoie pas à des capacités de lecture différentes, mais à ce que la lecture signifie socialement pour un garçon et pour une fille. Dès la petite enfance, les livres offerts, les histoires racontées et les compliments reçus construisent la lecture comme une activité calme, intérieure, souvent associée au féminin, tandis que les loisirs valorisés dans les groupes de garçons — jeux vidéo, sport, vidéos en ligne — occupent la place laissée libre.

    Le groupe de pairs joue ici un rôle décisif à l’adolescence : afficher une pratique perçue comme peu conforme aux attentes de son groupe expose à des moqueries. La socialisation différenciée n’est donc pas seulement l’affaire de la famille : elle est réactivée en permanence par les pairs.

  3. Quels éléments du document montrent que la lecture se transmet dans la famille ? Quelles instances de socialisation interviennent ?

    Correction

    Trois éléments établissent la transmission familiale :

    • 90 % des jeunes se souviennent que leurs parents leur lisaient des livres dans la petite enfance : la socialisation primaire précède largement l’apprentissage scolaire de la lecture ;
    • plus de la moitié des lecteurs suivent des conseils de lecture de leurs proches, plus souvent de la mère (38 %) que du père (23 %) ;
    • ce déséquilibre correspond aux pratiques des parents eux-mêmes : 78 % des mères se déclarent lectrices contre 52 % des pères. L’exemple parental, autant que la consigne, transmet la pratique.

    Les instances mobilisées sont donc la famille (exemple, prescription, souvenirs d’enfance), l’école — la lecture scolaire concerne 84 % des jeunes —, le groupe de pairs et les médias, notamment les réseaux sociaux et les plateformes, qui orientent aujourd’hui une partie des choix de lecture.

  4. Un lycéen affirme : « lire ou non, c’est juste une question de goût personnel ». Que répondriez-vous à l’aide du document et des notions du chapitre ?

    Interrogez l’origine du « goût ». Mobilisez l’intériorisation et l’habitus.

    Correction

    Le goût est réel : les jeunes qui lisent citent d’abord le plaisir. Mais un goût n’apparaît pas de nulle part, il se construit.

    Le document montre que ceux qui lisent ont très majoritairement été exposés très tôt aux livres (90 % se souviennent des lectures parentales), qu’ils ont été conseillés par un parent lecteur, et que les mères — plus souvent lectrices (78 % contre 52 %) — transmettent davantage cette pratique. Le goût de lire est donc la trace d’une socialisation primaire particulière : une pratique répétée, valorisée par l’entourage, finit par être intériorisée et vécue comme une inclination personnelle. C’est exactement ce que désigne la notion d’habitus : ce qui semble le plus intime — un goût, un plaisir, un ennui — est aussi ce qui a été le plus profondément incorporé.

    Dire cela n’enlève rien à la liberté du lecteur : cela explique pourquoi les goûts se répartissent de façon régulière selon le sexe, l’âge et le milieu, au lieu d’être distribués au hasard.

Notions : socialisation primaire pluralité des influences socialisatrices socialisation différenciée genre

Autres exercices du chapitre

Tout le chapitre : Socialisation et comportements