Lecture de données — La concentration du patrimoine des ménages
Utilisez le document pour répondre. Les trois premières questions se corrigent automatiquement, les deux suivantes demandent une réponse rédigée.
Document — Distribution du patrimoine des ménages en France début 2024
| Seuil de la distribution | Patrimoine brut (euros) | Patrimoine net (euros) |
|---|---|---|
| 1ᵉʳ décile (D1) | 6 200 | 4 600 |
| 2ᵉ décile (D2) | 16 500 | 13 200 |
| 3ᵉ décile (D3) | 40 100 | 34 100 |
| 4ᵉ décile (D4) | 112 100 | 77 900 |
| Médiane (D5) | 205 100 | 148 100 |
| 6ᵉ décile (D6) | 283 200 | 224 200 |
| 7ᵉ décile (D7) | 381 800 | 317 400 |
| 8ᵉ décile (D8) | 530 000 | 457 900 |
| 9ᵉ décile (D9) | 857 700 | 750 400 |
| 95ᵉ centile (P95) | 1 268 200 | 1 151 500 |
| 99ᵉ centile (P99) | 3 020 900 | 2 728 900 |
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Calculez le rapport interdécile du patrimoine brut (D9/D1). Donnez le résultat à une décimale.
fois
Correction
Réponse : 138.3 fois
857 700 / 6 200 = 138,3. Comparez avec le rapport interdécile du niveau de vie, qui vaut 3,48 en 2024 : la dispersion du patrimoine est près de quarante fois plus large. C’est la traduction chiffrée d’une différence de nature — le revenu est un flux annuel, le patrimoine un stock accumulé au fil d’une vie, voire de plusieurs générations par le jeu des héritages.
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Combien de fois le patrimoine brut du 99ᵉ centile est-il supérieur au patrimoine brut médian ? Donnez le résultat à une décimale.
fois
Correction
Réponse : 14.7 fois
3 020 900 / 205 100 = 14,7. Ce calcul montre pourquoi le seul rapport interdécile sous-estime la concentration : entre D9 (857 700 €) et P99 (3 020 900 €), le patrimoine est encore multiplié par 3,5. L’essentiel de l’inégalité de patrimoine se joue à l’intérieur du dernier décile.
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Quel est l’écart, en euros, entre le patrimoine brut et le patrimoine net au niveau du 9ᵉ décile ?
€
Correction
Réponse : 107300 €
857 700 − 750 400 = 107 300 €. Cet écart correspond aux emprunts restant à rembourser. Il est bien plus faible en proportion en bas de la distribution qu’au milieu : au 4ᵉ décile, l’écart atteint 112 100 − 77 900 = 34 200 €, soit 30,5 % du patrimoine brut, contre 12,5 % au 9ᵉ décile. Les ménages du milieu de la distribution sont ceux qui s’endettent le plus pour acquérir leur résidence principale.
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Rédigez la phrase de lecture correcte de la donnée « 205 100 ».
Attention à deux points : il s’agit d’un patrimoine de ménage et non de personne, et la médiane est un seuil qui partage la population en deux.
Correction
Phrase attendue : « Selon l’Insee (enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024), début 2024, en France hors Mayotte, la moitié des ménages vivant en logement ordinaire détiennent un patrimoine brut supérieur à 205 100 euros, et l’autre moitié un patrimoine inférieur. »
Les erreurs fréquentes :
- écrire « les ménages possèdent en moyenne 205 100 euros » : c’est la médiane, pas la moyenne. Le patrimoine brut moyen s’élève d’ailleurs à 374 900 euros, soit 1,8 fois la médiane — un écart caractéristique d’une distribution très étirée vers le haut ;
- oublier la mention « brut » : le patrimoine net, une fois les emprunts déduits, n’est que de 148 100 euros à la médiane ;
- raisonner par personne : l’unité d’observation est le ménage, sans correction par unité de consommation.
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Pourquoi les inégalités de patrimoine sont-elles nettement plus fortes que les inégalités de revenus ? Justifiez à l’aide de deux calculs tirés du tableau et expliquez le mécanisme.
Comparez les rapports que vous avez calculés à ceux du niveau de vie, puis interrogez-vous sur ce qui distingue un stock d’un flux.
Correction
Le constat chiffré. Le rapport interdécile du patrimoine brut atteint 857 700 / 6 200 = 138,3, contre 3,48 pour le niveau de vie en 2024. Et le rapport P99 / médiane vaut 3 020 900 / 205 100 = 14,7, alors que pour les revenus le neuvième décile ne dépasse la médiane que de 82 %. L’Insee mesure d’ailleurs un indice de Gini du patrimoine brut de 0,652 début 2024, plus de deux fois celui du niveau de vie (0,299 en 2023) : les 10 % des ménages les mieux dotés détiennent 48 % de la masse totale de patrimoine brut, et la moitié la mieux dotée 93 %.
Les mécanismes.
- Un stock contre un flux. Le revenu est perçu chaque année ; le patrimoine résulte de l’accumulation de l’épargne passée. Les écarts de revenus, même modérés, se cumulent année après année et se creusent mécaniquement.
- L’effet du cycle de vie. Un jeune ménage n’a eu ni le temps d’épargner ni celui d’hériter, quel que soit son salaire. Une partie de l’inégalité mesurée à un instant donné n’est donc qu’un effet d’âge, non une inégalité entre trajectoires.
- Les rendements et les héritages. Le patrimoine produit lui-même des revenus, qui alimentent une nouvelle épargne ; les héritages et donations transmettent directement la position acquise à la génération suivante. C’est ce qui rend cette inégalité particulièrement problématique au regard de l’égalité des chances : le point de départ dépend alors de la position des parents.
Nuance. Le tableau ne donne que des seuils, à un instant donné, pour des ménages non corrigés de leur taille ni de leur âge. Il ne dit rien de la mobilité patrimoniale au cours de la vie, ni de la composition du patrimoine : en bas de la distribution il s’agit surtout de livrets et de biens durables, au milieu de la résidence principale, et tout en haut de patrimoine professionnel et financier.