Aller au contenu

Lecture de données — Les écarts de salaire entre femmes et hommes au fil de la carrière

Savoir-faireLecture de donnéesIntermédiaire📄 Document sourcé20 min

Utilisez le document pour répondre. Les trois premières questions se corrigent automatiquement, les deux suivantes demandent une réponse rédigée.

Document — Salaire mensuel net en équivalent temps plein selon le sexe et l’âge dans le secteur privé en France en 2024

ÂgeFemmes (euros)Hommes (euros)Écart femmes-hommes (%)
Moins de 25 ans1 5911 6453,2
De 25 à 39 ans2 4352 6297,4
De 40 à 49 ans2 7593 18613,4
De 50 à 59 ans2 7913 44519,0
60 ans ou plus2 9003 82324,1
Ensemble2 5142 89113,0
Source : Insee, base Tous salariés 2024, Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », février 2026, figure 2. · Champ : France, salariés du privé, y compris alternants, stagiaires et bénéficiaires de contrats aidés, hors salariés de l’agriculture et des particuliers-employeurs. Les salaires sont exprimés en équivalent temps plein (EQTP) : les différences de durée de travail sont neutralisées. · Lecture : En 2024, une salariée du secteur privé âgée de 50 à 59 ans perçoit en moyenne 2 791 euros nets par mois en équivalent temps plein, soit 19,0 % de moins qu’un homme du même âge.
  1. Quel est l’écart de salaire mensuel net en EQTP, en euros, entre les hommes et les femmes de 50 à 59 ans ?

    Correction

    Réponse : 654 €

    3 445 − 2 791 = 654 € par mois, soit près de 7 850 € sur une année. L’écart en euros et l’écart en pourcentage disent deux choses différentes : à 19,0 % d’écart relatif correspondent ici 654 euros, alors que les 3,2 % d’écart des moins de 25 ans ne représentent que 54 euros.

  2. Vérifiez par le calcul l’écart en pourcentage pour les salariés de 60 ans ou plus. Donnez le résultat à une décimale.

    %

    Correction

    Réponse : 24.1 %

    (3 823 − 2 900) / 3 823 × 100 = 24,1 %. Attention au dénominateur : l’écart est rapporté au salaire des hommes, puisque l’on mesure de combien les femmes gagnent moins qu’eux. En prenant le salaire des femmes au dénominateur, on obtiendrait 31,8 %, ce qui répondrait à une autre question : de combien les hommes gagnent-ils plus que les femmes ?

  3. De combien de points l’écart de salaire augmente-t-il entre la tranche des moins de 25 ans et celle des 60 ans ou plus ?

    points

    Correction

    Réponse : 20.9 points

    24,1 − 3,2 = 20,9 points. Cet écart croissant avec l’âge est un résultat central : l’inégalité salariale ne se joue pas tant à l’embauche qu’au fil de la carrière. Attention toutefois : il s’agit d’une comparaison entre classes d’âge à un instant donné, qui mêle deux effets — le déroulement des carrières et le fait que les générations les plus anciennes ont connu des normes d’emploi différentes.

  4. Rédigez la phrase de lecture correcte de la donnée « 13,0 ».

    N’oubliez pas de préciser ce que signifie « en équivalent temps plein » et ce que cette mesure neutralise.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon l’Insee (base Tous salariés), en 2024, en France, les femmes salariées du secteur privé perçoivent en moyenne un salaire net inférieur de 13,0 % à celui des hommes, à temps de travail identique, c’est-à-dire en équivalent temps plein. »

    Deux points essentiels :

    • l’expression « à temps de travail identique » n’est pas un détail : l’EQTP neutralise le temps partiel et les périodes non travaillées, très inégalement réparties entre femmes et hommes. Sans cette correction, l’écart de revenu salarial annuel atteint 21,8 % en 2024 ;
    • il s’agit d’une moyenne d’ensemble, qui ne dit rien du poste occupé : pour le même emploi exercé dans le même établissement, l’Insee mesure un écart réduit à 3,6 %.
  5. L’égalité des droits suffit-elle à supprimer les écarts de salaire entre femmes et hommes ? Répondez en distinguant les différents niveaux de mesure de l’écart.

    Décomposez l’écart total : temps de travail, poste occupé, puis écart « toutes choses égales par ailleurs ». Concluez sur la conception de l’égalité que cela met en jeu.

    Correction

    La réponse est non, et la décomposition de l’écart le montre pas à pas.

    1. L’écart brut. En 2024, le revenu salarial annuel moyen des femmes du secteur privé est inférieur de 21,8 % à celui des hommes (22 060 euros contre 28 220 euros).
    2. L’effet du volume de travail. Les femmes sont plus souvent à temps partiel et moins souvent en emploi toute l’année : leur volume de travail annuel est inférieur de 9,1 %. En neutralisant cet effet, c’est-à-dire en raisonnant en équivalent temps plein, l’écart tombe à 14,0 %.
    3. L’effet du poste occupé. Femmes et hommes n’exercent pas les mêmes métiers et n’accèdent pas aux mêmes niveaux de responsabilité : c’est la ségrégation professionnelle. En 2024, les femmes occupent 42 % des postes salariés du privé en EQTP, mais seulement 24 % des 1 % de postes les mieux rémunérés. Le document montre la trace de ce phénomène : l’écart passe de 3,2 % avant 25 ans à 24,1 % après 60 ans, à mesure que les carrières divergent.
    4. Le résidu. Pour le même emploi exercé dans le même établissement, il subsiste un écart de 3,6 %, difficilement explicable autrement que par des différences d’ancienneté, de négociation ou par une discrimination salariale directe.

    Conclusion. L’égalité des droits est acquise depuis longtemps : la loi impose « à travail égal, salaire égal » et interdit la discrimination. Elle laisse pourtant subsister un écart de 13,0 % en EQTP, parce que l’essentiel se joue en amont du salaire — orientation scolaire, répartition des tâches familiales, temps partiel, accès aux postes de responsabilité. C’est ce constat qui fonde les politiques d’égalité des chances, voire des mesures de discrimination positive comme les quotas de femmes dans les conseils d’administration : traiter différemment pour rendre l’égalité effective. Ces mesures sont précisément contestées au nom de l’égalité des droits entendue comme identité de traitement, ce qui résume la tension du chapitre.

Notions : inégalités économiques égalité des droits égalité des chances discrimination positive

Autres exercices du chapitre

Tout le chapitre : Justice sociale