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Analyse de document — Pourquoi l’action climatique est-elle si difficile ?

Étude de documentÉtude de documentDifficile📄 Document20 min

Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l’ordre.

Document — Un bien commun sans autorité commune

Le climat présente une caractéristique redoutable : une tonne de CO2 émise à Shanghai, à Lagos ou à Bordeaux produit exactement les mêmes effets, et les bénéfices d’une tonne évitée se répandent sur la planète entière sans qu’aucun pays puisse en être exclu. Chacun profite donc des efforts consentis par les autres, qu’il ait ou non contribué lui-même.

Cette configuration place les États devant un calcul déroutant. Réduire ses émissions coûte cher, immédiatement, et à celui-là seul qui s’y engage. Les bénéfices, eux, sont différés de plusieurs décennies et partagés par tous. Le comportement le plus avantageux, du point de vue de chaque gouvernement pris isolément, consiste donc à en faire le moins possible tout en espérant que les autres en feront beaucoup. Si chacun raisonne ainsi, personne n’agit.

Les conférences internationales tentent de surmonter cette difficulté, mais elles ne disposent d’aucun pouvoir de contrainte : les engagements y sont pris volontairement et aucune autorité mondiale ne peut sanctionner un État qui ne les tiendrait pas. S’y ajoute un désaccord de fond. Les pays anciennement industrialisés sont responsables de l’essentiel des émissions accumulées, tandis que les pays en développement font valoir leur droit à la croissance et attendent des transferts financiers et technologiques en contrepartie de leurs engagements.

D’autres acteurs comblent partiellement ce vide. Les scientifiques établissent les faits et évaluent les scénarios ; les ONG portent le sujet dans le débat public et saisissent parfois les tribunaux pour transformer des promesses politiques en obligations juridiques ; les collectivités locales, les entreprises et les investisseurs prennent des engagements qui ne dépendent d’aucun traité. L’action climatique est ainsi devenue une affaire à plusieurs étages, où l’absence d’autorité mondiale se compense, imparfaitement, par la multiplication des échelles et des acteurs.

Source : Texte rédigé pour l’exercice.
  1. Quelles caractéristiques du climat le premier paragraphe met-il en évidence, et à quelle notion du cours renvoient-elles ?

    Repérez ce qui est dit du lieu d’émission, puis de la possibilité d’exclure quelqu’un du bénéfice d’une réduction.

    Correction

    Le paragraphe souligne deux caractéristiques. D’une part, les effets d’une émission sont indépendants du lieu où elle se produit : le problème est global par nature. D’autre part, nul ne peut être exclu du bénéfice d’une réduction, qu’il y ait contribué ou non.

    Ces deux propriétés font du climat stable un bien commun mondial. C’est de cette non-exclusion que découle tout le reste du texte : le comportement de passager clandestin et la difficulté de l’action collective.

  2. Le texte évoque un « calcul déroutant » auquel sont confrontés les États. Reconstituez ce calcul en distinguant les coûts et les bénéfices.

    Correction

    Le calcul oppose deux termes asymétriques.

    • Du côté des coûts : ils sont élevés, immédiats et supportés par le seul pays qui s’engage.
    • Du côté des bénéfices : ils sont différés de plusieurs décennies et partagés par tous, y compris par ceux qui n’ont rien fait.

    De ce déséquilibre découle la conclusion du texte : pour chaque gouvernement pris isolément, la stratégie la plus avantageuse est d’en faire le moins possible en espérant que les autres agiront. C’est la définition même du comportement de passager clandestin, et l’origine du résultat sous-optimal : si tous raisonnent ainsi, personne n’agit.

  3. Pourquoi les conférences internationales peinent-elles à imposer des engagements contraignants ?

    Deux obstacles sont mentionnés dans le troisième paragraphe : l’un tient au pouvoir de sanction, l’autre à un désaccord entre groupes de pays.

    Correction

    Le texte identifie deux obstacles.

    Le premier est institutionnel : les négociations réunissent des États souverains, les engagements y sont volontaires et aucune autorité mondiale ne peut sanctionner celui qui ne les respecte pas. Une promesse invérifiable et non sanctionnable a une valeur incertaine.

    Le second est un désaccord sur la répartition de l’effort. Les pays anciennement industrialisés sont responsables de l’essentiel des émissions accumulées, tandis que les pays en développement invoquent leur droit à la croissance et subordonnent leurs engagements à des transferts financiers et technologiques. La question n’est donc pas seulement « combien faut-il réduire ? » mais « qui doit payer ? », ce qui ajoute un conflit de justice au problème d’action collective.

  4. En quoi les acteurs évoqués dans le dernier paragraphe compensent-ils, selon le texte, l’absence d’autorité mondiale ? Précisez le rôle propre de chacun.

    Distinguez ce que fait chaque acteur : établir des faits, mettre à l’agenda, contraindre juridiquement, engager des moyens.

    Correction

    Le texte décrit une action « à plusieurs étages », où chaque acteur exerce un rôle distinct :

    • les scientifiques établissent les faits et évaluent les scénarios : ils fondent l’alerte et rendent le problème public, sans décider des objectifs ;
    • les ONG portent le sujet dans le débat, exercent une pression sur les gouvernements et saisissent les tribunaux, transformant ainsi des promesses politiques en obligations juridiques opposables ;
    • les collectivités locales, les entreprises et les investisseurs prennent des engagements qui ne dépendent d’aucun traité international et produisent des effets concrets à leur échelle.

    Cette compensation reste toutefois imparfaite, comme le dit le texte : ces engagements sont dispersés, inégalement contraignants et ne garantissent aucun résultat global. Ils atténuent le problème du passager clandestin sans le résoudre, puisqu’ils reposent eux aussi sur la bonne volonté de chacun.

  5. À la lumière du texte, expliquez pourquoi la réglementation, la taxation ou le marché de quotas fonctionnent mieux à l’échelle nationale ou européenne qu’à l’échelle mondiale.

    Demandez-vous ce que suppose chacun de ces instruments pour produire ses effets, et ce qui manque à l’échelle mondiale.

    Correction

    Les trois instruments supposent tous une même condition : une autorité capable d’imposer une règle, de contrôler son application et de sanctionner les manquements. Une norme sans contrôle n’est qu’une recommandation ; une taxe que l’on peut ne pas payer n’incite à rien ; un marché de quotas suppose qu’un plafond soit fixé, que les émissions soient mesurées et que le dépassement soit sanctionné.

    À l’échelle nationale, et à l’échelle européenne grâce au transfert de compétences consenti par les États membres, cette autorité existe : c’est pourquoi un marché de quotas industriel ou une taxe carbone y sont opérants.

    À l’échelle mondiale, elle fait défaut. Il ne reste alors que la négociation entre États souverains et des engagements volontaires, exposés au comportement de passager clandestin décrit dans le texte. Cela explique aussi pourquoi certains États recourent à des instruments unilatéraux, comme une taxe aux frontières sur les importations les plus émettrices : à défaut de pouvoir contraindre les autres, ils tentent de rendre la défection coûteuse.

Notions : bien commun action collective négociation climatique externalité négative développement soutenable

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Tout le chapitre : Action publique et environnement