Étude de document — La valeur du diplôme s'est-elle érodée ?
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l'ordre.
Document — Une jeunesse plus diplômée, un diplôme moins rentable
La jeunesse d'aujourd'hui est bien plus formée que celle des années 1970 : moins de 30 % d'une génération obtenait le baccalauréat au tournant des années 1980, contre près de 80 % aujourd'hui ; plus d'un jeune de 25 à 34 ans sur deux est diplômé du supérieur, contre moins d'un sur cinq dans la génération née en 1945.
L'insertion ne s'est pourtant pas améliorée d'autant. De 1982 à 2023, le taux de chômage des jeunes non diplômés est passé de 22 % à 30 %, celui des diplômés du supérieur de 18 % à 11 %. Et 75 % des moins de 25 ans en emploi occupaient un poste stable en 1982, contre 43 % en 2023.
La qualification des emplois a certes progressé, mais moins vite que les diplômes : chez les 15-24 ans en emploi, la part des cadres est passée de 0,4 % à 8,5 % et celle des professions intermédiaires de 11 % à 24 %, tandis que les emplois peu qualifiés en occupent encore 32 %, contre 40 % en 1982.
Le déclassement qui en résulte frappe surtout les titres intermédiaires. Parmi les bacheliers en emploi sortis de formation depuis moins de cinq ans, 36 % occupaient un poste d'ouvrier ou peu qualifié en 2021, contre 11 % en 1983 ; chez les diplômés de niveau bac + 2, la part accédant à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire est tombée de 77 % à 43 %.
D'après Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, « Jeunesse d'hier et d'aujourd'hui : le grand déclassement ? », Note flash n° 4, octobre 2025.
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Relevez deux données qui montrent l'élévation du niveau de formation, puis deux données qui montrent la dégradation de l'insertion des jeunes.
Les premières se trouvent dans le premier paragraphe, les secondes dans le deuxième.
Correction
L'élévation du niveau de formation :
- la part de bacheliers dans une génération est passée de moins de 30 % au tournant des années 1980 à près de 80 % aujourd'hui ;
- plus d'un jeune de 25 à 34 ans sur deux est diplômé du supérieur, contre moins d'un sur cinq dans la génération née en 1945.
La dégradation de l'insertion :
- le taux de chômage des jeunes non diplômés est passé de 22 % en 1982 à 30 % en 2023 ;
- la part des moins de 25 ans en emploi occupant un poste stable est tombée de 75 % en 1982 à 43 % en 2023.
Remarquez que ces deux séries de données ne concernent pas les mêmes groupes : c'est la situation des non-diplômés qui s'est le plus dégradée, alors que celle des diplômés du supérieur s'est au contraire améliorée (18 % à 11 % de chômage).
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Le texte affirme que la qualification des emplois a progressé, mais « moins vite que les diplômes ». Expliquez ce mécanisme et montrez comment il produit du déclassement.
Raisonnez comme sur un marché : d'un côté une offre de diplômés, de l'autre un nombre d'emplois qualifiés disponibles.
Correction
Le mécanisme. Deux évolutions se déroulent en parallèle mais à des rythmes différents.
- Du côté des diplômes, la progression est très rapide : on passe de moins d'un jeune sur cinq à plus d'un sur deux diplômés du supérieur.
- Du côté des emplois, la qualification progresse aussi : la part des cadres dans l'emploi des 15-24 ans passe de 0,4 % à 8,5 % et celle des professions intermédiaires de 11 % à 24 % entre 1982 et 2023. Mais les emplois peu qualifiés ne disparaissent pas pour autant : ils occupent encore 32 % de l'emploi des jeunes en 2023, contre 40 % en 1982.
La conséquence. Le nombre de diplômés du supérieur croît plus vite que le nombre de postes qualifiés disponibles. Les employeurs peuvent alors, pour un même poste, sélectionner des candidats plus diplômés qu'auparavant. Une partie des diplômés occupe donc des emplois dont la qualification est inférieure à celle que leur titre laissait espérer : c'est la définition même du déclassement. Le texte le chiffre : 36 % des bacheliers récemment sortis de formation et en emploi occupaient un poste d'ouvrier ou un emploi peu qualifié en 2021, contre 11 % en 1983.
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Pourquoi le texte affirme-t-il que le phénomène est « particulièrement net pour les diplômes intermédiaires » ? Justifiez avec les chiffres du dernier paragraphe.
Correction
Les deux exemples chiffrés portent tous deux sur des diplômes situés au milieu de l'échelle :
- le baccalauréat : la part de ceux qui occupent un poste d'ouvrier ou un emploi peu qualifié passe de 11 % en 1983 à 36 % en 2021, soit une multiplication par plus de trois ;
- le niveau bac + 2 : la part de ceux qui accèdent à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire s'effondre de 77 % en 1983 à 43 % en 2021, soit 34 points de moins.
Pourquoi ces niveaux plutôt que d'autres ? Un titre intermédiaire est celui dont la position dans la hiérarchie des diplômes s'est le plus déplacée. Le baccalauréat, autrefois rare et suffisant pour accéder à un emploi qualifié, est devenu le seuil d'entrée dans l'enseignement supérieur : sa valeur relative a chuté quand quatre jeunes sur cinq l'ont obtenu. Les diplômes les plus élevés, restés plus rares, conservent mieux leur rendement, et les moins diplômés n'ont jamais accédé aux postes qualifiés.
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« Le rendement du diplôme s'est érodé. » Cette phrase signifie-t-elle qu'il vaut mieux ne plus faire d'études ? Répondez en distinguant clairement deux comparaisons.
Comparer un diplôme à un autre, au même moment, n'est pas la même chose que comparer un même diplôme à deux époques différentes.
Correction
Non — et la confusion est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Il faut distinguer deux comparaisons.
Première comparaison : entre diplômes, à une même date. Le diplôme reste un atout décisif, et son avantage s'est même renforcé. En 2023, le taux de chômage des jeunes non diplômés atteint 30 %, contre 11 % pour les diplômés du supérieur. En 1982, l'écart était de 22 % contre 18 %, soit 4 points seulement, alors qu'il atteint aujourd'hui 19 points. Autrement dit, ne pas se former est aujourd'hui bien plus pénalisant qu'hier.
Seconde comparaison : un même diplôme, à deux dates. C'est ici que le rendement s'érode. Un bac + 2 donnait accès à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire dans 77 % des cas en 1983, contre 43 % en 2021. Le titre est le même, la position qu'il permet d'atteindre a baissé.
Conclusion. Ces deux constats sont parfaitement compatibles : la valeur d'un titre donné diminue au fil du temps, tandis que l'écart entre les diplômés et les non-diplômés se creuse. Un jeune a donc individuellement plus intérêt que jamais à se former, même si son diplôme ne lui garantira pas la position qu'il assurait à ses parents. C'est ce décalage entre l'effort consenti et la position obtenue qui nourrit le sentiment de déclassement.
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Le texte compare deux périodes éloignées de cinquante ans. Indiquez deux précautions à prendre avant de conclure que la situation des jeunes s'est globalement dégradée.
Interrogez-vous sur ce qui est comparé, et sur ce que ces indicateurs laissent de côté.
Correction
Première précaution : les populations comparées ne sont plus les mêmes. Les jeunes de 25 ans de 1975 et ceux de 2025 n'ont ni le même niveau de formation, ni la même durée d'études, ni la même composition. Comparer les taux de chômage des « non-diplômés » aux deux dates, par exemple, revient à comparer un groupe alors majoritaire à un groupe aujourd'hui très minoritaire et beaucoup plus en difficulté : une partie de la dégradation apparente vient de ce changement de composition, non d'une aggravation individuelle.
Deuxième précaution : les indicateurs retenus ne couvrent qu'une partie de la réalité. Chômage, stabilité de l'emploi et qualification décrivent la situation professionnelle, mais ignorent la santé, l'espérance de vie, le temps libre, le niveau de vie réel ou les droits acquis. La publication d'origine souligne d'ailleurs que les revenus des jeunes de 2025 sont, inflation déduite, supérieurs à ceux de 1975.
Une troisième précaution possible : les moyennes masquent de fortes disparités. Il n'y a pas une jeunesse mais des jeunesses, et l'écart entre diplômés et non-diplômés s'est justement creusé à l'intérieur de chaque génération.