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Lecture de données — La contagion sur les marchés de dette souveraine

Savoir-faireLecture de donnéesDifficile📄 Document sourcé20 min

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Document — Taux d'intérêt des obligations d'État à dix ans, de 2007 à 2015 (en %)

Pays20072009201120122015
Allemagne4,223,222,611,500,50
France4,303,653,322,540,84
Espagne4,313,985,445,851,73
Italie4,494,315,425,491,71
Grèce4,505,1715,7522,509,67
Source : Eurostat, critère de convergence de l'UEM concernant les rendements des obligations, données annuelles (irt_lt_mcby_a), 2007-2015. · Champ : Taux de rendement moyen annuel des obligations d'État à dix ans émises par chaque pays de la zone euro, sur le marché secondaire. · Lecture : En 2012, les obligations d'État grecques à dix ans rapportent en moyenne 22,50 % par an, contre 1,50 % pour les obligations allemandes.
  1. En 2007, quel est l'écart entre le taux grec et le taux allemand, en points de pourcentage ?

    points de %

    Correction

    Réponse : 0,28 points de %

    4,50 − 4,22 = 0,28 point. Avant la crise, les marchés prêtent à la Grèce à peu près au même taux qu'à l'Allemagne : ils ne font quasiment aucune différence entre les emprunteurs de la zone euro. Ce quasi-alignement, longtemps interprété comme un signe de réussite de l'union monétaire, était en réalité une sous-estimation collective du risque.

  2. En 2012, quel est l'écart entre le taux grec et le taux allemand, en points de pourcentage ?

    points de %

    Correction

    Réponse : 21 points de %

    22,50 − 1,50 = 21,00 points. En cinq ans, un écart de 0,28 point devient un écart de 21 points. Le retournement de l'opinion des marchés est aussi brutal que dans le cas d'une bulle boursière — c'est le même mimétisme, appliqué cette fois aux dettes d'État.

  3. En 2012, quel est l'écart entre le taux espagnol et le taux allemand, en points de pourcentage ?

    points de %

    Correction

    Réponse : 4,35 points de %

    5,85 − 1,50 = 4,35 points. L'Espagne n'est pas la Grèce, mais elle est emportée par le même mouvement, tout comme l'Italie (5,49 %). C'est la définition même de la contagion : la défiance envers un emprunteur se reporte sur ceux qui lui ressemblent, indépendamment de leur situation propre.

  4. Rédigez la phrase de lecture de la donnée « 15,75 » figurant dans le tableau.

    Une phrase de lecture complète précise la source, le champ et l'année, l'unité et la grandeur mesurée. Demandez-vous qui verse ce taux et à qui.

    Correction

    Phrase attendue : « Selon Eurostat, en 2011, les obligations d'État grecques à dix ans offraient sur le marché secondaire un rendement moyen de 15,75 % par an. »

    Les erreurs les plus fréquentes :

    • écrire « la Grèce a payé 15,75 % d'intérêts sur toute sa dette » : le taux porte sur les titres à dix ans négociés sur le marché, pas sur l'ensemble de l'encours déjà émis à des taux plus anciens ;
    • écrire « 15,75 % de la dette grecque » : l'unité est un taux d'intérêt annuel, pas une part ;
    • oublier l'année, alors que le tableau est construit sur la comparaison des dates.
  5. Montrez que ce tableau illustre à la fois le caractère autoréalisateur des anticipations et le risque systémique.

    Demandez-vous ce que devient la situation d'un emprunteur dont on décide qu'il est risqué. Puis cherchez qui, en Europe, détenait ces obligations d'État.

    Correction

    Réponse attendue : le tableau se lit en deux temps.

    Le caractère autoréalisateur. En 2007, l'écart entre la Grèce et l'Allemagne n'est que de 0,28 point : les prêteurs traitent tous les États de la zone euro presque comme un emprunteur unique. À partir de 2009, l'anticipation se retourne : les investisseurs jugent la Grèce risquée et exigent une prime, 15,75 % en 2011 puis 22,50 % en 2012. Or cette exigence crée le risque qu'elle prétend mesurer : plus le taux demandé est élevé, plus la charge de la dette est lourde, plus le défaut devient probable, ce qui justifie a posteriori d'exiger un taux encore plus élevé. Croire qu'un emprunteur va faire défaut peut suffire à le faire défaillir : c'est une prophétie autoréalisatrice, exactement symétrique de celle qui alimente une bulle à la hausse.

    Le risque systémique. La défiance ne reste pas grecque : l'Espagne passe de 4,31 % en 2007 à 5,85 % en 2012, l'Italie de 4,49 % à 5,49 %, tandis que l'Allemagne voit son taux tomber à 1,50 % — les capitaux fuient vers ce qui est perçu comme sûr. Deux canaux expliquent cette contagion. D'une part, le mimétisme : chacun vend parce que les autres vendent et parce que ces pays sont classés dans la même catégorie. D'autre part, l'interdépendance des bilans : les banques européennes détenaient massivement ces obligations d'État, si bien que la chute de leur prix se traduisait immédiatement par des pertes bancaires, donc par une contraction du crédit et une aggravation de la récession.

    Une bonne réponse cite au moins trois chiffres, emploie les deux notions demandées et souligne le retour au calme après 2012 (9,67 % en Grèce, 1,73 % en Espagne), qui montre le rôle des engagements pris par les autorités monétaires pour briser la spirale.

Notions : risque systémique prophétie autoréalisatrice comportement mimétique crise financière lecture de données

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