Étude de document — Le numérique au travail, un usage très inégal
Lisez le document, puis répondez aux questions dans l’ordre.
Document — Un travailleur sur deux utilise intensivement le numérique dans son travail
En 2022, une personne en emploi sur deux déclarait travailler la majorité de son temps sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone : 31 % « la plupart du temps » et 19 % « tout le temps ou presque ». La France se situe au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, où ces proportions atteignent respectivement 28 % et 14 %.
Cet usage est très inégalement réparti, et il dépend beaucoup moins du secteur d’activité que du métier exercé. 87 % des cadres utilisent intensivement le numérique au travail, contre 63 % des professions intermédiaires, 40 % des employés et seulement 12 % des ouvriers.
Les écarts sont tout aussi marqués à l’intérieur de chaque groupe. Chez les ouvriers, l’usage intensif atteint 27 % parmi les conducteurs d’engins, caristes, magasiniers et ouvriers du transport non routier — la logistique s’est fortement numérisée — mais retombe à 6 % chez les ouvriers de type artisanal ou agricole. Parmi les professions intermédiaires, celles de la santé et du social (49 %) et de l’enseignement (46 %) sont moins concernées que la moyenne de leur groupe. Chez les indépendants, 44 % ont un usage intensif, des chefs d’entreprise (68 %) aux artisans (21 %), dont un cinquième déclare même ne jamais utiliser d’outil numérique dans son travail.
L’étude souligne enfin que le numérique n’a pas remplacé la parole : il accompagne les échanges oraux plutôt qu’il ne s’y substitue. Les télétravailleurs font toutefois exception : à caractéristiques comparables, ils communiquent moins souvent de vive voix avec leurs collègues ou avec des personnes extérieures à l’entreprise.
D’après Insee, « Un travailleur sur deux utilise intensivement le numérique dans son travail », Emploi, chômage, revenus du travail, coll. Insee Références, édition 2025. Données de l’enquête Emploi 2022 et de son module complémentaire, France hors Mayotte, personnes en emploi vivant dans un logement ordinaire.
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Que signifie exactement « utiliser intensivement le numérique au travail » dans ce document ? Relevez les deux modalités qui composent cet indicateur.
Repérez les deux expressions entre guillemets du premier paragraphe et ce qu’elles additionnent.
Correction
L’indicateur additionne deux modalités de réponse : travailler sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone « la plupart du temps » (31 %) et « tout le temps ou presque » (19 %). Leur somme donne les 50 % annoncés, soit une personne en emploi sur deux.
Deux précisions importent. D’une part, l’indicateur mesure un temps d’usage, pas une compétence ni une productivité : il ne dit rien de ce que le travailleur fait avec l’outil. D’autre part, il exclut les appels téléphoniques, ce qui évite de compter comme « numérique » un usage purement vocal.
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Décrivez l’inégalité d’usage du numérique entre les groupes socioprofessionnels, en calculant l’écart entre les deux extrêmes.
Comparez les cadres et les ouvriers, puis situez les deux autres groupes.
Correction
L’usage intensif du numérique croît régulièrement avec la position dans la hiérarchie des qualifications : 87 % des cadres, 63 % des professions intermédiaires, 40 % des employés et 12 % des ouvriers.
L’écart entre les deux extrêmes atteint 75 points de pourcentage (87 − 12). Autrement dit, un cadre a plus de sept fois plus de chances qu’un ouvrier d’utiliser intensivement le numérique dans son travail (87 / 12 ≈ 7,3).
La moyenne d’ensemble, 50 %, se situe entre les professions intermédiaires et les employés : elle masque donc des situations extrêmement contrastées, ce qui rappelle qu’une moyenne ne décrit aucun travailleur en particulier.
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« Le numérique dépend moins du secteur d’activité que du métier exercé. » Illustrez cette affirmation à l’aide de deux exemples du document.
Cherchez, à l’intérieur d’un même groupe social, deux métiers aux usages très différents.
Correction
Deux exemples le montrent clairement.
Chez les ouvriers, l’usage intensif varie de 27 % chez les conducteurs d’engins, caristes, magasiniers et ouvriers du transport non routier à 6 % chez les ouvriers de type artisanal ou agricole. Ces travailleurs appartiennent au même groupe socioprofessionnel, mais la logistique s’est numérisée — scan des colis, terminaux embarqués, ordres transmis par écran — alors que l’artisanat et l’agriculture reposent sur des gestes matériels difficilement codifiables.
Chez les indépendants, l’écart est du même ordre : 68 % des chefs d’entreprise contre 21 % des artisans, dont un cinquième n’utilise jamais d’outil numérique. Le statut d’indépendant est identique, l’activité concrète ne l’est pas.
Ce qu’il faut en retenir : ce qui détermine l’exposition au numérique n’est ni le secteur ni le statut, mais la nature des tâches — codifiables et informationnelles d’un côté, manuelles et situées de l’autre. C’est exactement le critère qui explique la polarisation de l’emploi.
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Ces données confirment-elles l’idée d’une polarisation de l’emploi ? Justifiez votre réponse.
Rappelez ce que désigne la polarisation, puis demandez-vous si ce document mesure la structure des emplois ou seulement l’équipement des travailleurs.
Correction
Elles l’éclairent sans la démontrer.
Ce qui va dans son sens. La polarisation repose sur l’idée que la numérisation touche en priorité les tâches routinières et codifiables. Le document valide bien ce mécanisme : ce n’est pas le niveau de qualification en soi qui détermine l’usage du numérique, mais la nature des tâches. Les métiers dont l’activité passe par du traitement d’information — cadres administratifs, employés de bureau — sont massivement numérisés, tandis que les métiers manuels situés dans des environnements variables — artisanat, agriculture — le sont très peu. Or ce sont précisément les premiers qui sont exposés à l’automatisation.
Ce qui manque pour conclure. Le document mesure l’usage d’un outil, pas l’évolution du nombre d’emplois. Or la polarisation est une déformation de la structure des emplois : croissance des emplois très qualifiés et des emplois peu qualifiés de service, recul des emplois intermédiaires. Il faudrait donc suivre l’évolution des effectifs par profession dans le temps, ce que ce document ne fait pas. Utiliser un ordinateur n’implique d’ailleurs pas d’être remplacé par lui : le numérique peut aussi être complémentaire du travail, comme chez les cadres.
Ce que le document ajoute au raisonnement. Il révèle une inégalité peu visible : les travailleurs les moins exposés au numérique sont aussi ceux qui accumulent le moins de compétences numériques, donc les moins armés pour se reconvertir si leur métier venait à se transformer. La numérisation ne fait donc pas que redistribuer les emplois : elle redistribue aussi les ressources qui permettent de s’y adapter.