Analyse de document — Plus de diplômes, les mêmes places ?
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l’ordre.
Document — L’ascension par le diplôme et ses limites
Depuis un demi-siècle, le système scolaire français s’est ouvert comme jamais auparavant. Une génération après l’autre, les enfants sont restés plus longtemps à l’École, et la part de ceux qui atteignent le baccalauréat puis l’enseignement supérieur a été multipliée à un rythme que les contemporains des années 1960 n’avaient pas anticipé. Presque tous les enfants sont aujourd’hui plus diplômés que leurs parents.
On en a longtemps déduit qu’ils occuperaient mécaniquement des positions supérieures aux leurs. C’est cette déduction que le paradoxe d’Anderson invite à suspendre. La valeur d’un diplôme sur le marché du travail ne dépend pas seulement du niveau qu’il atteste : elle dépend aussi du nombre de ceux qui le détiennent au moment où l’on se présente à l’embauche, et du nombre d’emplois qui le requièrent. Or les titres se sont multipliés plus vite que les positions qualifiées auxquelles ils donnaient traditionnellement accès.
Les conséquences sont de deux ordres. Une partie des diplômés occupe des emplois dont le niveau de qualification est inférieur à celui de leur titre : c’est le déclassement scolaire, souvent vécu sur le mode de la promesse non tenue. Et la sélection se déplace : dès lors que le baccalauréat ne distingue plus, ce sont la filière suivie, l’établissement fréquenté et le niveau atteint dans le supérieur qui départagent les candidats. Les familles les mieux informées et les mieux dotées sont aussi les plus promptes à se porter vers les titres qui distinguent encore.
Rien de tout cela ne justifie de renoncer aux études. Dans une société où le diplôme s’est généralisé, en être dépourvu est devenu bien plus pénalisant qu’autrefois. Mais la promesse d’ascension attachée au titre scolaire est devenue conditionnelle : le diplôme demeure nécessaire, il n’est plus suffisant.
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Quel constat le premier paragraphe établit-il, et de quelle notion du cours relève-t-il ?
Repérez ce que le paragraphe mesure exactement : des effectifs et des durées, ou des écarts entre groupes sociaux ?
Correction
Le premier paragraphe constate l’allongement de la durée des études et la forte hausse de la part d’une génération accédant au baccalauréat puis au supérieur, si bien que presque tous les enfants sont plus diplômés que leurs parents. Ce constat relève de la massification scolaire : il porte sur des volumes et des niveaux atteints. Il ne dit rien des écarts entre origines sociales, et ne permet donc pas de conclure à une démocratisation.
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Selon le texte, de quoi dépend la valeur d’un diplôme sur le marché du travail ?
Correction
Le texte identifie trois éléments : le niveau que le diplôme atteste, mais aussi le nombre de personnes qui le détiennent au moment de l’entrée sur le marché du travail, et le nombre d’emplois qui l’exigent. La valeur d’un titre est donc relative : elle se dégrade dès lors que les titulaires se multiplient plus vite que les postes correspondants.
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Expliquez avec vos propres mots le raisonnement que le paradoxe d’Anderson invite à « suspendre ».
Le raisonnement suspendu compare deux générations. Quelle étape de la comparaison est fausse ?
Correction
Le raisonnement suspendu est le suivant : « je suis plus diplômé que mon père, donc j’occuperai une position sociale supérieure à la sienne ». L’erreur consiste à comparer deux diplômes obtenus à deux moments différents comme s’ils avaient la même valeur sociale. Or entre les deux générations, le titre s’est généralisé : le même diplôme ne classe plus au même rang dans la distribution des titres, et ne donne donc plus accès aux mêmes positions. La comparaison pertinente n’est pas avec le diplôme du père, mais avec les diplômes des autres membres de sa propre génération.
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Le texte affirme que « la sélection se déplace ». Sur quels critères s’opère-t-elle désormais, et quel groupe social en tire avantage ?
Reliez ce déplacement à la notion de démocratisation ségrégative et aux stratégies familiales.
Correction
Dès lors que le baccalauréat est partagé par la grande majorité d’une génération, il ne suffit plus à distinguer les candidats. La sélection s’opère alors sur des critères plus fins : la filière suivie, l’établissement fréquenté, le niveau atteint dans le supérieur.
Ce déplacement profite aux familles qui disposent de l’information sur la hiérarchie réelle des formations et des ressources pour s’y positionner, c’est-à-dire aux milieux favorisés. On retrouve à la fois les stratégies familiales décrites par Boudon et la démocratisation ségrégative : l’ouverture d’un niveau d’études s’accompagne d’une reconstitution de la hiérarchie sociale à l’intérieur du système.
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« Le diplôme demeure nécessaire, il n’est plus suffisant. » Expliquez cette formule et discutez la conclusion que l’on pourrait en tirer trop vite : « les études ne servent plus à rien ».
Distinguez la valeur absolue d’un titre et sa valeur relative, puis demandez-vous ce qu’il advient de ceux qui n’en ont pas.
Correction
La formule articule deux constats. Le diplôme est nécessaire : dans une société où les titres se sont généralisés, en être dépourvu écarte de la plupart des emplois qualifiés et expose davantage au chômage. Il n’est plus suffisant : sa possession ne garantit plus l’accès à la position à laquelle il ouvrait autrefois, puisque la concurrence entre titulaires s’est intensifiée.
En conclure que « les études ne servent plus à rien » serait une double erreur. D’abord parce que cela confondrait la valeur relative du diplôme, qui a effectivement baissé, avec son utilité absolue, qui demeure : le rendement d’un diplôme se mesure en comparant la situation de ses titulaires à celle de ceux qui ne l’ont pas, non à celle des diplômés de la génération précédente. Ensuite parce que renoncer aux études aggraverait précisément la position de celui qui y renonce, dans un marché du travail où le titre est devenu la norme.
La conclusion juste est plus nuancée : la promesse d’ascension attachée au diplôme est devenue conditionnelle, ce qui alimente un sentiment de déclassement, sans que le calcul individuel en faveur des études s’en trouve inversé.