Analyse de document — Tous les collèges ne se valent pas
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l’ordre.
Document — La composition sociale des collèges français
La ségrégation sociale entre établissements désigne le fait que les collèges n’accueillent pas les mêmes publics. La DEPP la mesure à partir de la profession du responsable de l’élève. À la rentrée 2022, les enfants d’ouvriers et d’inactifs représentaient en moyenne un peu plus du tiers des collégiens, mais moins d’un huitième des effectifs dans le dixième des collèges les plus favorisés, et plus de la moitié dans le dixième des collèges les plus défavorisés. Les enfants de cadres supérieurs, d’enseignants, de chefs d’entreprise ou de professions libérales représentaient un quart des collégiens, mais moins d’un élève sur quatorze dans un dixième des établissements, et près d’un sur deux dans un autre dixième.
Cette ségrégation a trois sources. Elle provient d’abord des écarts entre collèges publics, liés à la sectorisation et donc à la ségrégation urbaine : c’est la composante la plus lourde, un peu plus de la moitié de l’indicateur retenu. Elle provient ensuite des écarts entre collèges privés, puis de la différence entre les deux secteurs. Le privé sous contrat, qui scolarise environ un cinquième des collégiens, accueille deux fois plus d’élèves de milieu très favorisé que le public, et deux fois et demie moins d’élèves de milieu défavorisé.
Cette différence n’est pas nouvelle mais elle s’est creusée : parmi les entrants en sixième, l’écart de part d’élèves de milieu très favorisé entre privé et public était d’environ onze points en 1989 ; il atteint vingt points en 2022. Au niveau national, la ségrégation globale varie peu dans le temps ; cette stabilité recouvre une baisse des écarts entre collèges publics et un creusement de l’écart entre secteurs.
D’après MENJ-DEPP, Note d’Information n° 23.37, « Évolution de la mixité sociale des collèges », juillet 2023.
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Qu’appelle-t-on ségrégation sociale entre établissements, et comment est-elle mesurée ici ?
Repérez l’unité d’observation : ce sont les établissements, pas les élèves.
Correction
La ségrégation sociale entre établissements désigne le fait que les collèges accueillent des populations très différentes selon le milieu social, au lieu de reproduire chacun la composition sociale du territoire. Elle est mesurée en comparant la composition sociale de chaque collège à celle de l’ensemble des collégiens du territoire considéré, le milieu social étant repéré par la profession du responsable de l’élève.
Deux points de méthode méritent d’être notés : l’indicateur est relatif à un territoire — un même collège peut apparaître ségrégué au niveau national et banal dans son département — et il porte sur la répartition des élèves, non sur leurs résultats.
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Le texte indique que les collèges privés sous contrat accueillent deux fois plus d’élèves de milieu très favorisé que les collèges publics. Cette différence suffit-elle à expliquer la ségrégation sociale entre collèges ?
Le texte distingue trois composantes et en hiérarchise une.
Correction
Non. Le texte distingue trois composantes : les écarts entre collèges publics, les écarts entre collèges privés, et l’écart entre les deux secteurs. Or la composante la plus lourde est la première : un peu plus de la moitié de l’indicateur retenu s’explique par les différences entre collèges publics eux-mêmes.
L’explication tient à la sectorisation : chaque collège public recrute dans un périmètre géographique déterminé, si bien que la ségrégation résidentielle — la concentration de certaines catégories sociales dans certains quartiers ou communes — se transmet mécaniquement au recrutement des établissements. L’opposition public/privé est donc réelle mais elle n’est ni la seule cause, ni la principale.
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« Au niveau national, la ségrégation globale varie peu dans le temps. » Pourquoi le texte précise-t-il immédiatement que cette stabilité « recouvre » deux évolutions contraires ?
Que se passe-t-il si deux composantes d’un même indicateur évoluent en sens inverse ?
Correction
Parce qu’un indicateur global est une somme : deux évolutions de sens contraire peuvent se compenser et donner l’illusion de l’immobilité.
Ici, les écarts de composition sociale entre collèges publics se réduisent, tandis que l’écart entre le secteur public et le secteur privé se creuse — la part d’élèves de milieu très favorisé y séparait les deux secteurs d’environ onze points en 1989, contre vingt points en 2022. Le total varie peu, mais la structure de la ségrégation s’est transformée : elle passe de l’intérieur du service public vers la frontière entre les deux secteurs.
C’est une leçon de méthode générale : la stabilité d’un agrégat n’autorise jamais à conclure à la stabilité de ses composantes. Il faut toujours demander comment l’indicateur est décomposé.
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Reliez ce document à la notion d’effet d’établissement, puis à celle de stratégies familiales.
Le document mesure des compositions sociales, pas des résultats. Qu’est-ce que cela permet de conclure — et qu’est-ce que cela ne permet pas ?
Correction
Effet d’établissement. Le document établit que les collèges diffèrent fortement par leur public. Il ne démontre pas, à lui seul, que cette différence produit des écarts de résultats : conclure à un effet d’établissement suppose de comparer des élèves aux caractéristiques individuelles comparables scolarisés dans des contextes différents. Le document fournit la condition de l’effet d’établissement — l’existence de contextes très inégaux — et non sa preuve. Cette condition est décisive : là où la composition sociale d’un collège s’écarte fortement de la moyenne, le niveau d’exigence, la stabilité des équipes, l’entraînement par les pairs et l’information sur les filières diffèrent aussi.
Stratégies familiales. Le creusement de l’écart entre secteurs public et privé depuis 1989 s’interprète bien dans le cadre de Boudon élargi : les familles les mieux dotées, économiquement et culturellement, arbitrent en faveur d’établissements qu’elles jugent plus sûrs pour la réussite de leurs enfants, et disposent des ressources nécessaires pour contourner la sectorisation. Chacune de ces décisions est individuellement rationnelle ; leur agrégation produit une ségrégation croissante que personne n’a voulue comme telle.
À retenir. L’égalité formelle d’accès au collège unique, instauré en 1975, coexiste avec une inégalité de fait des contextes de scolarisation. C’est un exemple central de démocratisation ségrégative : le seuil s’ouvre, la hiérarchie se reconstitue à l’intérieur.