Analyse de document — L’effet classement du diplôme
Lisez le texte, puis répondez aux questions dans l’ordre.
Document — Moins nombreux, mais plus pénalisés : les peu ou pas diplômés
Depuis quarante ans, le niveau de diplôme de la population active s’est élevé très rapidement. Parmi ceux qui participent au marché du travail — personnes en emploi, chômeurs et personnes du halo autour du chômage —, la part de celles qui n’ont au plus que le brevet a été divisée par trois entre 1982 et 2018, passant de 54 % à 16 %. La France se situe désormais cinq points en dessous de la moyenne des vingt-trois pays européens étudiés, où cette part atteint 21 %.
Cette raréfaction n’a pourtant pas amélioré la situation de ceux qui restent peu diplômés. En 2018, le non-emploi contraint — être au chômage, ou souhaiter travailler sans être compté comme chômeur — touche 24,6 % des personnes sans diplôme et 20,5 % des titulaires du seul brevet, contre 12,9 % pour l’ensemble et 7,8 % pour les diplômés d’un enseignement supérieur long. Entre ces extrêmes, le CAP-BEP (14,1 %) et le baccalauréat (13,0 %) n’offrent plus qu’une protection intermédiaire.
L’auteur propose une explication qu’il nomme effet classement. Ce qui compte, pour l’employeur qui recrute, n’est pas seulement le contenu du diplôme, mais la position qu’il confère dans la file d’attente des candidats. À mesure que le niveau général de formation s’élève, un même titre recule dans cette file : il protège donc de moins en moins, non parce que son détenteur serait devenu moins compétent, mais parce que d’autres, mieux classés, se présentent avant lui.
D’après Insee, Claude Picart, « Le non-emploi des peu ou pas diplômés en France et en Europe : un effet classement du diplôme », Insee Références, Emploi, chômage, revenus du travail, juillet 2020.
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Quel constat les deux premiers paragraphes rapprochent-ils, et pourquoi ce rapprochement est-il paradoxal ?
Le premier paragraphe porte sur un effectif, le second sur un risque. Que devrait-il se passer si le diplôme protégeait indépendamment du nombre de ses détenteurs ?
Correction
Le texte rapproche deux évolutions : la part des peu ou pas diplômés parmi les participants au marché du travail a été divisée par trois entre 1982 et 2018 (de 54 % à 16 %), et pourtant ceux qui restent dans cette situation connaissent un non-emploi contraint très élevé — 24,6 % sans diplôme, contre 12,9 % pour l’ensemble.
Le paradoxe tient à ce que l’on attendrait spontanément : si le diplôme valait par lui-même, un groupe devenu rare devrait voir sa situation s’améliorer, faute de concurrents. C’est l’inverse qui s’observe. La raréfaction des non-diplômés s’accompagne d’une aggravation de leur position relative.
Le rapprochement des deux paragraphes n’est donc pas décoratif : c’est la construction même de la démonstration. Il faut les deux constats ensemble pour que l’explication par l’effet classement devienne nécessaire.
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Expliquez avec vos propres mots ce que l’auteur appelle l’« effet classement » du diplôme.
Le diplôme sert-il ici à mesurer une compétence, ou à ranger des candidats les uns par rapport aux autres ?
Correction
L’effet classement repose sur l’idée que le diplôme fonctionne d’abord comme un signal de position, et non comme une mesure absolue de compétence. Face à un poste, l’employeur ne cherche pas un niveau de savoir déterminé : il classe les candidats et retient les mieux placés.
Dans ce cadre, la valeur d’un titre dépend entièrement de la distribution des titres dans la population. Si le niveau général de formation s’élève, un diplôme donné recule dans la file d’attente, alors même que son contenu n’a pas changé. Ceux qui se trouvent en bas de cette file — les peu ou pas diplômés — sont donc renvoyés vers les emplois les moins attractifs, ou vers le non-emploi, quel que soit leur nombre.
La conséquence est contre-intuitive et importante : la massification scolaire, qui améliore la position de ceux qui en profitent, dégrade celle de ceux qui en restent à l’écart. Elle ne se contente pas de les laisser où ils étaient.
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En quoi ce document éclaire-t-il le paradoxe d’Anderson et la dévalorisation des diplômes ?
Correction
Le paradoxe d’Anderson et l’effet classement reposent sur le même mécanisme : la valeur sociale d’un titre est relative, elle dépend du nombre de ceux qui le détiennent au moment où l’on se présente sur le marché du travail.
Anderson formule ce mécanisme en comparant deux générations : être plus diplômé que son père ne garantit pas une position supérieure à la sienne, parce que le titre s’est généralisé entre-temps. Le texte le formule à l’intérieur d’une même génération : à niveau de diplôme donné, la protection contre le non-emploi diminue à mesure que le niveau général s’élève. Le document donne un contenu chiffré à cette érosion : le CAP-BEP (14,1 %) et le baccalauréat (13,0 %) se situent désormais à peine au-dessous de la moyenne d’ensemble (12,9 %), alors qu’ils constituaient autrefois des titres distinctifs.
On retrouve aussi la formule du chapitre : le diplôme reste nécessaire — 7,8 % de non-emploi contraint pour un diplômé du supérieur long contre 24,6 % pour un non-diplômé — mais il n’est plus suffisant pour garantir la position à laquelle il donnait accès.
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La comparaison européenne présentée dans le texte permet-elle de conclure que le système éducatif français est plus efficace que ses voisins ? Discutez.
Que compare exactement le texte : un niveau de formation, ou une situation d’emploi ?
Correction
La comparaison porte sur la part des peu ou pas diplômés parmi les participants au marché du travail : 16 % en France contre 21 % en moyenne dans les vingt-trois pays étudiés, avec une baisse de quatorze points entre 2003 et 2018 en France contre onze en moyenne.
Ce constat autorise une conclusion limitée : le système éducatif français a effectivement réduit plus vite que la moyenne la part de la population qui quitte les études sans qualification. C’est un résultat réel de la massification.
Il n’autorise en revanche pas à conclure à une plus grande efficacité d’ensemble, pour trois raisons.
- Le texte compare des stocks de diplômes, pas des compétences ni des résultats d’apprentissage : deux pays peuvent délivrer le même titre en sanctionnant des acquis différents.
- Il ne dit rien des écarts sociaux à l’intérieur de chaque pays : un système peut être plus massifié sans être plus égalitaire, ce que la distinction entre massification et démocratisation nous a appris à ne jamais confondre.
- Le raisonnement de l’effet classement se retourne ici contre l’optimisme : plus la part des peu diplômés est faible, plus ceux qui restent dans cette situation sont mal classés. Le succès quantitatif du système français peut donc s’accompagner d’une pénalisation plus forte de ceux qu’il n’a pas menés au diplôme.
Une bonne réponse retient donc le constat, refuse la généralisation, et signale ce dernier effet pervers.